Se libérer de l’ego : bouddhisme et stoïcisme

L’ego, cette construction complexe qui façonne notre perception du monde et de nous-mêmes, est au cœur de notre expérience humaine. Et de facto, révélateur des maux de notre espèce. Voyons comment se libérer.

Se libérer de l’ego : une perspective stoïcienne et bouddhiste

En tant qu’individus occidentaux enracinés dans une philosophie cartésienne, nous avons au fil du temps délaissé l’approche stoïcienne. Celle-ci trouve une harmonie avec la philosophie bouddhiste.

En effet, nous explorerons la manière dont ces deux traditions philosophiques peuvent nous aider à percevoir l’ego. Comment il peut agir comme une source d’auto-sabotage. Comment nous pouvons nous efforcer de nous libérer de ses chaînes pour atteindre une plus grande liberté intérieure.

L’ego : une identité complexe

L’ego est un concept multidimensionnel qui englobe notre perception de soi, nos croyances, nos émotions et nos expériences. Il agit comme un filtre à travers lequel nous interprétons le monde et notre place en son sein. L’ego se développe à partir de notre histoire personnelle, de nos interactions sociales et de nos réflexions intérieures. Il contribue à former l’estime de soi, la confiance en soi et notre vision du monde. Mais il n’est pas l’estime de soi. Confusion majeure ici.

Dans une quête de vérité intérieure et de bien-être, l’ego peut devenir un fardeau. Il peut nous piéger dans un labyrinthe de préoccupations, nous empêcher de voir la réalité telle qu’elle est, et devenir le moteur de souffrance et d’auto-sabotage. C’est alors que la philosophie stoïcienne et la philosophie bouddhiste offrent des perspectives précieuses sur la libération de l’ego.

L’école du Portique ou temple bouddhiste, même combat contre l’ego ? 

Le stoïcisme ou l’art de la maîtrise de soi

L’école du Portique a vu le jour dans la Grèce antique. Elle prône l’importance de la maîtrise de soi pour atteindre la sagesse et la tranquillité d’esprit. Les stoïciens encouragent la conscience de soi, la réflexion et l’auto-discipline pour surmonter les désirs excessifs, les émotions négatives et les attachements à l’ego.

Pour les stoïciens, l’ego peut agir comme une source d’auto-sabotage lorsque nous nous laissons emporter par nos désirs et nos émotions. De même, lorsque nous attachons trop d’importance à l’opinion des autres. L’obsession de l’ego pour la reconnaissance et la comparaison constante avec les autres peut créer un cycle de souffrance perpétuelle.

La solution stoïcienne réside dans la pratique de la maîtrise de soi. Cela implique de développer une conscience de soi profonde, de contrôler nos réactions émotionnelles, de remettre en question nos désirs excessifs et de cultiver l’indifférence stoïcienne aux choses sur lesquelles nous n’avons aucun contrôle. En pratiquant la maîtrise de soi, nous pouvons libérer l’ego de ses chaînes et atteindre une plus grande liberté intérieure.

L’occident a pris la voie cartésienne au détriment de la voie stoïcienne. Ceci s’illustre chaque jour, tant le grand mal de notre époque semble être l’identification de l’humain à son mental, comme le souligne Eckhart Tolle.

L’illusion de l’ego

La philosophie bouddhiste, avec sa perspective radicalement différente sur l’ego, nous enseigne que l’attachement à un Soi distinct et permanent est la source de la souffrance humaine. Selon le Bouddha, l’ego est une illusion, une construction mentale qui crée une séparation artificielle entre « moi » et « autre ».

L’attachement à l’ego est perçu comme une prison dans laquelle nous nous enfermons. Il nous pousse à rechercher la satisfaction de nos désirs et à éviter la douleur, mais cela crée un cycle interminable de désir, d’attachement et de souffrance. L’ego peut devenir un véritable tyran de notre esprit, nous maintenant captifs d’un cercle vicieux de désirs insatisfaits.

La philosophie bouddhiste offre une voie de libération de l’ego à travers la méditation, la pleine conscience et la pratique de la compassion. L’objectif est de transcender l’illusion de l’ego et de réaliser notre nature interconnectée avec tout ce qui existe. Cette prise de conscience permet d’atteindre un état de compassion universelle, d’amour bienveillant et de paix intérieure.

La synthèse des écoles Stoïcienne-Bouddhiste

L’ego est un élément complexe de notre identité. Il peut être à la fois un atout précieux et une source d’auto-sabotage. La philosophie stoïcienne nous rappelle l’importance de la maîtrise de soi pour éviter les pièges de l’ego.

La philosophie bouddhiste nous invite à reconnaître l’illusion de l’ego et à pratiquer la pleine conscience pour atteindre une liberté intérieure.

Se libérer de l’ego est un chemin exigeant mais gratifiant vers la sagesse et la paix intérieure. En combinant les enseignements des stoïciens et des bouddhistes, nous pouvons trouver un équilibre entre la conscience de soi, la maîtrise de soi et la compassion. Se libérer des chaînes de l’ego pour trouver une véritable liberté intérieure.

La confiance en soi pour se libérer

Ci-dessous, nous choisissons de vous offrir un extrait de texte par Mathieu Ricard dans Trois amis en quêtes de sagesse. Il est question d’ego à travers le prisme du bouddhisme, mais aussi d’estime de soi et de la construction saine de celle-ci.

La force intérieure

J’ai souvent eu l’occasion de parler de la déconstruction de l’ego dans la pratique bouddhiste. Bien souvent, les gens sont mal à l’aise avec cette démarche. Ils demandent: « N’est il pas nécessaire d’avoir un ego fort pour bien fonctionner dans l’existence? » ou encore : « Beaucoup de gens ne souffrent-ils pas de troubles psychologiques parce que leur ego est fragmenté ou affaibli ?

Du point de vue du bouddhisme, au lieu de parler d’ego fort, on préfère parler de force intérieure. Cette force va de pair avec le fait de se libérer du carcan de l’ego, qui est la source première de tout ce qui empoisonne notre esprit.

Les recherches dont tu parles ont montré que la compassion, la générosité, la bonté, l’indulgence envers nous-mêmes nous permettent d’avoir une saine estime de soi. À l’inverse, toutes les méthodes employées, notamment en Amérique du Nord, pour renforcer l’estime de soi de façon artificielle conduisent au narcissisme, à tel point que, selon la psychologue Jean Twenge, depuis vingt ans on observe aux États-Unis une véritable épidémie de narcissisme : 90 % des étudiants interrogés pensent qu’ils font partie des 10% les plus doués, 90 % des conducteurs d’automobile (même ceux qui ont récemment causé un accident) sont persuadés qu’ils conduisent mieux que les autres. Il n’est pas nécessaire d’être un grand mathématicien pour comprendre que tout le monde ne peut pas être au-dessus de la moyenne !

Estime de soi n’est pas ego

Aux États-Unis, les parents et les éducateurs répètent du matin au soir aux enfants : « Tu es spécial! » Les enfants se prennent au jeu. Ils portent des tee-shirts ou utilisent des stickers sur lesquels il est écrit « Je suis spécial ». Un vêtement pour fille sur dix porte quelque part la mention « princesse ». J’ai reçu d’Amérique une carte d’anniversaire musicale disant : « Nous tenons à vous dire que vous êtes vraiment spécial. » Or, la synthèse d’un nombre significatif d’études a conduit le psychologue Roy Baumeister à conclure que tous les efforts et tout l’argent que les écoles, les parents et les thérapeutes ont investis dans la promotion de l’estime de soi n’ont produit que des bienfaits minimes. « Après toutes ces années, conclut-il, j’ai le regret de dire que ma recommandation est la suivante : oubliez l’estime de soi et concentrez-vous sur la maîtrise de soi et l’autodiscipline. » – Mathieu RICARD 

Quelqu’un ayant une bonne estime de soi se valorise sans pour autant dévaloriser les autres. Cette personne connait sa valeur et tente de vivre en honorant ce potentiel. Certes, elle a une bonne image d’elle-même, mais elle n’est en compétition avec personne.

En effet, l’estime de soi pousse à un travail d’amélioration continue sur soi. Elle amène à s’accepter tel que l’on est, à accepter les autres en toute humilité, et à continuer à se perfectionner. Un tel être s’aime d’un amour propre et vit dans la dignité.

Le non-attachement pour se libérer

L’ego est une illusion. Il n’est pas ce que nous sommes vraiment. C’est-à-dire le cœur. L’Être. Construire une estime de soi saine se fait sans nourrir l’ego, mais simplement en pensant et agissant en adéquation avec ce que nous sommes dans notre cœur. Il s’agit d’ailleurs de la seule solidité durable. Du seul chemin qui permet un équilibre intérieur profond et pérenne. De celui de la liberté, de celui de la paix. Il passe par la connaissance de soi et de la discipline nécessaire au respect de son Être.

Pour ne pas s’attacher à l’ego, il s’agit justement de construire une confiance en soi inébranlable. Celle-ci saura remettre en question, à sa place, le mécanisme égotique lorsqu’il se présentera, de l’intérieur ou de l’extérieur. À chacun son rôle.

Pour aller plus loin dans la ressemblance du stoïcisme et du bouddhisme, qui mieux que Mathieu Ricard pour en parler dans son plaidoyer pour le bonheur.

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