égo : prison, auto-sabotage et esclavagisme mental

L’égo mène à penser en individu isolé alors que nous sommes partie d’un tout connecté. Pour son confort, par le biais du mental, l’égo va tout faire pour garder le contrôle et exister. Il va tenter de réduire la réalité et le champ des possibles à ce qu’il connaît et pense pouvoir contrôler. Quitte à s’auto-saboter afin de maintenir cette perspective limitante.

La déconnexion de l’égo

Pour cela, il est nécessaire de couper la connexion avec ce qui est plus grand que lui, c’est-à-dire la conscience d’un monde plus grand, du cosmos, de la nature. Du tout. L’égo favorise l’inconscience pour ne surtout pas considérer sérieusement ce qui le dépasse. De fait, ce serait une forme de lâcher prise et d’abandon au Soi. Un espace dans lequel il ne brille pas.

L’égo est la fraction de l’Être qui tire toute la couverture à lui. La définition même de la médiocrité lorsqu’il prend le dessus. En effet, il ne comprend pas l’intérêt global de l’Être dont il fait partie. Par qui il existe. À la place, il ne voit que son propre dessin. En somme, il scie la branche sur laquelle il repose.

La condition humaine, c’est d’être immergé dans la pensée. La plupart des gens restent toute leur vie prisonniers des limites de leurs pensées. Ils ne dépassent jamais un sentiment de soi personnalisé, construit par le mental et conditionné par le passé. Eckart Tollé – L’art du calme intérieur.

Le règne esclavagiste du mental ou la prison de l’égo, non seulement nous trompe, mais en plus nous sabote en occultant l’intelligence émotionnelle et le bon sens. Ces derniers, associés à l’intelligence mentale, forment un tout raisonnable et nécessaire aux décisions qui mèneront la vie. Sans intuition, pas de libre-arbitre. Un mental totalitaire est l’arme de l’égo. Il sert le matérialisme. Il conduit à la souffrance.

Effectivement, l’intelligence relève du mental et de l’intuition. L’une ou l’autre forme isolée, sans son équilibre, n’est qu’une intelligence partielle et incomplète ne permettant pas de mener sa vie adéquatement. Dans l’alignement. Avec congruence.

L’égo dans le contexte occidental

Dans le contexte occidental, l’égo est perçu comme un élément fondamental de l’identité individuelle, un moteur de la réussite, et un gardien de l’estime de soi. Cependant, la philosophie bouddhiste ou encore la sagesse stoïcienne, nous invitent à considérer l’égo sous un autre angle, où il peut être perçu comme une prison de l’âme et un mécanisme d’auto-sabotage.

Ainsi, avant d’explorer comment l’égo peut être perçu comme une prison ou un obstacle au développement du Soi, il est essentiel de comprendre ce que nous entendons par « égo » dans le contexte psychologique occidental. L’égo est souvent défini comme la partie de notre identité qui est formée par nos expériences, nos croyances, nos émotions, et nos perceptions de nous-mêmes. Il agit comme un filtre à travers lequel nous interprétons le monde qui nous entoure et nous percevons nous-mêmes. Finalement, il est par définition bourré d’idées reçues et préconçues.

En outre, le plus grand écueil occidental est de confondre conscience et égo. Dans la philosophie bouddhiste, l’égo est perçu comme une illusion qui maintient les individus dans un état de confusion et de souffrance. L’attachement à un soi distinct, issu d’une construction mentale tenace et permanente à l’origine de notre souffrance.

Chez les Occidentaux existent deux idées reçues, culturelles, à désapprendre. Toutes deux sont des interprétations, dérivées pour servir des intérêts partiels (par exemple économiques ou financiers), qui ne sont pas ceux d’un humain complet. Exactement comme l’égo ne sert pas l’intérêt de l’Être, mais uniquement celui de sa petite existence.

Le Darwinisme

Culturellement, nous en sommes restés (et encore aujourd’hui dans le système éducatif) à une interprétation erronée des hypothèses de Darwin : la compétition unique comme seule finalité de la vie. Darwin avait pourtant prévenu que ce n’était pas tant manichéen (compétition contre coopération). Que sa théorie de l’évolution pouvait être erronée sous certaines perspectives.

Pourtant, elle sera tenue pour universelle, comme une loi de la nature, pour justifier un système économique initialement, permettant in fine de maintenir véhément un système prédateur se résumant ainsi : nous sommes des machines biologiques, que la meilleure gagne.

Vous pouvez lire notre texte à ce sujet : de l’égocentrisme vers un monde altruiste.

Le Cartésianisme

Même affaire avec Descartes dont on a retenu le côté dit cartésien et mathématique, pragmatique, alors que lui-même laissait une grande place à l’intuition.

L’intelligence émotionnelle par opposition à l’intelligence du mental est synthétique et travaille sur infiniment plus d’informations relevant du subconscient. En effet, elle apporte l’intuition, le sang-froid, la présence, le courage. Elle passe par les trois cerveaux : le cerveau, le coeur et les tripes.

Elle permet de relier, en opposition à l’intelligence du mental (analytique) qui permet de séparer.

Ainsi une personne totalement identifiée à l’égo, utilisant exclusivement ou principalement le mental, va catégoriser, classer, séparer, juger, spécialiser, expertiser, et in fine scléroser. Il s’agit de l’expert catégorique, celui qui sait. C’est le zététicien ou le scientiste. Celui qui veut avoir raison pour se rassurer. C’est aussi celui qui frappe fort à l’entraînement de boxe. Il ne peut pas être bienveillant puisqu’il est dans la peur. Celle de perdre le contrôle.

Aujourd’hui nous savons séparer, mais nous ne sommes plus capables de relier par manque crucial d’intelligence de synthèse. L’intelligence émotionnelle fait défaut dans le dictat du mental et le règne de l’égo.

L’égo tout puissant ou le mal de notre temps

L’égo est une construction mentale qui entretient le mental qui le nourrit. Cercle vicieux qui mène au tout analytique, au contrôle, à l’expert super spécialiste et déconnecté. Une vision étroite conduisant à la séparation, justifiant in fine un certain « nous contre eux”.

Le mental analytique

L’expert en biologie classe l’arbre dans le règne végétal, le champignon dans le règne fongique. Il postule qu’ils ne sont pas de même nature et il peut ainsi en faire une étude et un livre scientifique. Or les deux vivent en symbiose. L’un a besoin de l’autre. Et de quelle nature viennent-t-ils donc si ce n’est la même source, la même énergie vitale ?

Tout comme cet expert cartésien très pointu qui sera resté fort loin de la justesse, enfermé dans son savoir. Plusieurs formes d’intelligences sont requises pour saisir le réel autant que faire se peut.

On apprend principalement à séparer par l’analyse, mais peu à synthétiser. La synthèse requiert l’observation globale d’un système, et la prise en compte de toutes les interactions potentielles en son sein. Parfois, elle devient impossible tant le système est complexe.

Les deux vitesses de la pensée, système 1 système 2

Se joue alors la bataille du « cerveau gauche » contre le « cerveau droit ». Du système 1 contre le système 2. De l’analyse systémique qui a la volonté de tout saisir dans son ensemble, mais qui relève toujours de la capacité mentale (logique du système 2) et qui doit accepter ses défauts et ses limites. La seconde vitesse, plus intuitive, est d’une grande puissance. Elle est également pétrie de biais et il convient de s’en méfier tout autant.

Une fois encore, l’équilibre prime. En effet, incapable de mettre les choses ensemble on est incapable de s’approcher de la vérité, ou plutôt de la justesse. Et à voir des signes là où il n’en a pas, on sort de la réalité. Si notre propos ici est d’aider un maximum à réaliser une sagesse de l’unité côté occidental, il n’est pas d’encourager une bascule dans le « new age ».

La Vérité dépasse largement ce que le mental peut comprendre. Nulle pensée n’englobe la Vérité. Au mieux, elle peut l’indiquer. Par exemple, celle-ci : « Toutes choses sont intrinsèquement Une. » C’est là une indication, non une explication. Comprendre ces paroles, c’est sentir au fond de vous la vérité qu’elles indiquent. Eckhart Tolle – L’art du calme intérieur.

La sagesse de l’unité

Ce que les bouddhistes ont toujours su les physiciens conscients le confirment à présent : il n’y a ni objet ni événement isolé. La dualité relève d’une fiction qui existe par apparence et narratif. Tout est en interrelation, tout fait partie de la totalité du cosmos.

Plus nous jugeons, plus nous étiquetons, et plus nous isolons. La conception de la vie devient fragmentée par notre pensée et nous nous éloignons de notre propre alignement, et de la bienveillance, par la même occasion. Double peine.

À Chacun son rôle

Pour contenir l’égo, le mental doit être discipliné et demeuré à son rôle, un outil, un moyen. Il est un piège, à notre sens, de lui attribuer une existence propre. En revanche, mettre sa capacité au service de la conscience nous semble la voix pour le canaliser et lui laisser une place d’expression. Le stoïcisme répond à ce besoin.

Lorsque les émotions sont positives, les vibrations élevées : enthousiasme, joie, amour, chimie voire alchimie, atomes crochus au sens de Démocrite, le cœur connaît le chemin à prendre. Et c’est à cet instant précis que le mental doit le servir et non le détourner. Le mental doit rester un outil en support à une voie choisie, plus profonde que ce qu’il ne pourra jamais saisir.

Servir et non dicter. Mettre sa force au service de la réalisation et non pas guider la réalisation. Tel doit être le rôle du mental et par extension la place de l’égo. Il nous semble que lorsque l’égo dicte le chemin d’une vie, celle-ci passe à côté de sa réalisation. Voilà ce qui est dissimulé derrière l’adage « écouter son coeur ». Mais peut-être est-ce nécessaire ?

L’égo en tant que construction mentale mène à voir le monde comme il n’est pas. Il réprime l’objectivité. Il déconnecte de la nature et éloigne de la conscience. Une vie emplie de biais, de peurs, loin du réel. En somme, une illusion aux antipodes d’une vie philosophique.

L’égo est un véhicule

Cette métaphore de Christophe André (psychiatre) , extrait de Trois amis en quête de Sagesse, permet de mieux cerner l’égo :

L’égo est un mal nécessaire, comme un véhicule de location. Nous avons besoin de lui pour traverser la vie, tout comme nous avons besoin d’un moyen de locomotion pour nous déplacer d’un point à un autre – sauf si on est un ermite ou contemplatif qui ne bouge pas de son monastère, et trouve peut-être que se débarrasser complètement de son égo est plus simple.

Sur les routes de la vie, il y a des véhicules plus polluants que d’autres : de gros 4×4 qui consomment beaucoup d’essence, qui veulent qu’on les regarde et qu’on les laisse passer, et à l’autre extrême, des petits vélos qui ne polluent pas et ne font pas de bruit. Il me semble qu’on ne peut pas se débarrasser de l’égo, le balancer par la fenêtre, mais qu’on peut juste s’assurer qu’il ne soit pas trop polluant pour les autres, pas trop coûteux pour nous (en énergie, en soins, en entretien…). 

Le non-attachement à l’égo, tout comme le non-attachement au véhicule. Le 4×4 a son utilité pour le franchissement, l’exploration, le transport, certaines charges, etc. Lorsque ceci n’est pas requis, le bon sens est de se déplacer à vélo : gratuit, favorable à une santé mentale et physique. La valorisation n’est pas dans le regard des autres, mais dans son for intérieur.

Les clés de l’ajustement

L’égo n’est pas la conscience, qui elle-même n’est pas un produit du cerveau.

La perception de la conscience induit humilité et lâcher prise. La lucidité.

L’égo s’efface devant de la conscience. Il n’est pas question de le mépriser, ni de s’en détacher, mais de lui adresser un non-attachement perpétuel.

Si l’égo accepte de devenir conscient du tout dont il fait partie, de prendre sa juste place dans le monde, il fait acte de grandeur. Il sert. Il n’est pas étonnant d’avoir vu le sens de l’intérêt général disparaître au profit de l’intérêt individuel dans les sociétés de consommation, dites modernes. Narratif totalement égotique.

L’égo sépare. La conscience relie. La séparation est dualité, la synthèse est unité. Voilà pourquoi il convient de s’élever, notamment en éduquant le mental à fournir les efforts du non-attachement. Avec bienveillance et discipline.

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