Le deuxième cerveau et ses révélations

Le voyage que nous vous proposons dans les prochains articles VCLP s’avère inattendu. Du deuxième cerveau et de ses révélations en passant par l’écueil du libéralisme, nous nous rappellerons Darwin et rejoindrons le pouvoir du moment présent vers l’élévation des consciences. Seul « happy ending » possible de notre espèce s’il en est.

Encore de la philosophie me direz-vous. Mais comment faire autrement? Comme le rappelle Sénèque dans ses Lettres à Lucilius (Lettre XV) à propos de celle-ci: « C’est là en effet la vraie santé, sans laquelle notre âme est malade et le corps lui-même, si robuste qu’il soit, n’a que les forces d’un furieux ou d’un frénétique. Soigne donc par privilège la santé de l’âme: que celle du corps vienne en second lieu; et cette dernière te coûtera peu, si tu ne veux que te bien porter. »

Acceptez de m’accompagner quelques pas sur le chemin. D’où commencera notre voyage? Nous partirons d’un fait mal intégré, cartésiens réfractaires que nous sommes. Du deuxième cerveau et de ses révélations.

le deuxième cerveau

Pour cela le charme discret de l’intestin (ouvrage édifiant et accessible à tous) sera l’étincelle. À lire sans attendre pour mieux comprendre, le cas échéant reconsidérer, le rôle des organes peu sexy comme l’intestin. Ce dernier jouant un rôle majeur, aux côtés dudit cerveau. À tel point que des décisions fondamentales nous concernants proviennent de l’intestin grêle… par exemple: qu’est-ce qu’une alimentation saine? quels sont les aliments qui déclenchent une réaction allergique?

Dans cet autre centre de l’intelligence s’harmonise et fusionne la matière qui nous constitue. Point de rencontre des molécules communes composant le vivant: glucides, protéines et lipides. À la fois lien avec la terre et la création. En somme, le haut fait de la nature. Il va sans dire que la caractéristique hors-sol de notre culture, agriculture de masse et production industrielle se retrouvent à l’intérieur de nous-même, nous éloignant encore un peu plus de la nature.

Pourtant il existe une relation aussi passionnante que mystérieuse entre les neurones digestifs et les neurones cérébraux. Un savoir utile et pratique qui émane de la lecture de cette œuvre.

Philosophiquement cela lève une question fondamentale que l’auteur, Giulia Enders, ne manque pas de mettre en évidence. Il s’agit de l’épicentre du « moi », du « je », longtemps (au moins depuis Descartes) encore et toujours majoritairement attribué au cerveau. Là où se forme le « moi ».

Or nous sommes des êtres de chair avec un coeur, des intestins, des organes sexuels, etc. L’intellectualisation de la science nous empêche de discerner que notre « moi » est bien plus que notre seul cerveau. Les recherches récentes démontent cette vision: nous savons aujourd’hui qu’il existe au moins trois « cerveaux » différents. Trois zones équipées de neurones: plus de 100 milliards dans la tête, près de 200 millions dans le ventre, et 40000 dans le cœur!

Encore mieux, il semblerait que parmi celles-ci le coeur soit aux commandes! Blaise Pascal et son célèbre baroud d’honneur spécial cartésiens: le cœur a ses raisons que la raison ne connaît point. De fait, il est temps de mettre à jour nos logiciels. Partageons un extrait du livre « Devenir Super-conscient » du Dr Joe Dispenza:

Nous avons été amenés à croire que c’est le cerveau qui domine notre biologie. Si cela est en partie vraie, il n’en demeure pas moins que le cœur est un organe autorythmé, ce qui signifie que les battements cardiaques ont pour origine le cœur et non le cerveau.

Chez le fœtus le cœur commence à battre avant même que le cerveau ne soit formé (au bout de 3 semaines environ, l’activité électrique du cerveau pas avant 5 à 6 semaines).

Cela démontre que le cœur est capable d’être à l’origine de communication avec le système nerveux central. Autre facteur montrant que le cœur est unique: il contient des nerfs associés aux deux systèmes du système nerveux autonome « SNA » (systèmes nerveux sympathique et parasympathique). La fréquence cardiaque est donc influencée par les émotions que nous ressentons.

En 1991, le Dr J.Andrew Armour a démontré que le cœur est doté d’une activité mentale propre. Il contient un système nerveux composé de 40 000 neurones qui fonctionnent indépendamment du cerveau. Le cœur et le cerveau sont reliés par des voies descendantes (efférentes) et ascendantes 90% des fibres nerveuses (afférentes).

Le Dr Amour a découvert que ces voies ascendantes du cœur envoient constamment des signaux et des informations qui interagissent avec l’activité des centres cognitifs émotionnels supérieurs du cerveau, et la modifient.

Ces signaux en provenance du cœur et en direction du cerveau passent par le nerf parasympathique et continuent directement jusqu’au thalamus (qui synchronise les activités corticales telles que la pensée, la perception et la compréhension du langage), puis jusqu’aux lobes frontaux (responsables des fonctions motrices et des résolutions des problèmes), puis au centre de survie du cerveau, l’amygdale (liée à la mémoire émotionnelle).

Les cellules de l’amygdale se synchronisent sur les battements du cœur.

Les émotions du cœur jouent un rôle important dans notre manière de penser, de traiter les informations, de ressentir et de comprendre le monde et notre place dans celui-ci. Une fois que le cœur est activé, il sert d’amplificateur qui stimule le cerveau, améliore son activité et crée l’équilibre, ordre et cohérence dans le corps.

Ainsi le coeur enverrait plus d’informations au cerveau qu’il n’en recevrait. Il est le seul organe du corps à posséder cette propriété. Il peut inhiber ou activer certaines parties du cerveau en fonction des circonstances. Cela signifie que le cœur peut influencer notre perception de la réalité, nos réactions et par voie de conséquences notre façon de penser.

Enfin le cœur possèderait une faculté de communication énergétique par le biais de champs électromagnétiques. Le sien est le plus puissant de tous les organes du corps, 5 000 fois plus intense que celui du cerveau… Ce champ change en fonction de l’état émotionnel. Lorsque nous avons peur, que nous sommes frustrés ou stressés, le champ électromagnétique devient chaotique. Des émotions positives pourront rétablir l’ordre et le calme du champ électromagnétique du cœur. Ce champ s’étend autour du corps de deux à quatre mètres, c’est-à-dire que tous ceux qui nous entourent reçoivent l’information énergétique et réciproquement…

D’une manière plus pragmatique, c’est aussi ce que nous enseigne le charme discret de l’instinct: la nourriture possède une influence déterminante sur notre existence. L’intestin est au centre d’un système d’information vivant qui nous constitue au même titre que le cerveau. Que tous trois, avec le coeur, disposent de neurones et qu’ils fonctionnent ensemble selon un écosystème complexe. Ainsi il convient de reconsidérer la place du cogito qui n’a pas l’apanage du « moi ».

Cela remet profondément en cause notre conception de la conscience qui n’est pas un épiphénomène du cerveau. Je ressens donc je suis. Je vis et j’ai conscience de ce miracle. Ainsi je comprends que mon état naturel est la joie.

L’avantage de voyager parmi les idées avec une philosophie pratique est qu’elle nous offre un recul pour tenter de les observer dans leur globalité. En effet, l’existence de ces trois cerveaux rappelle les trois trésors de la médecine traditionnelle chinoise. La tête, le cœur et le ventre qui sont les trois sources d’intelligence humaine de cette culture ancestrale.

Chacun joue son rôle. Le cerveau est utile au raisonnement et à la décision. Cependant le mental est confus dans le passé et incapable de discernement dans l’avenir. Nous l’avons vu, sa raison d’être serait le mouvement. Un outil d’analyse tandis que tout ne peut être analysé.

Les intestins quant à eux sont le bassin de l’alchimie, lieu de transformation de la matière essentielle. Par ailleurs ce serait les neurones intestinaux qui décideraient des mouvements réflexes. Pour cela le ventre est le centre principal de concentration dans les arts martiaux, via la respiration profonde, par le diaphragme. Tous les mouvements appris par cœur deviennent des automatismes et peuvent ainsi s’exécuter instantanément en réponse, sans analyse cérébrale bien trop longue. Le ventre serait le gestionnaire de ces mémoires.

Apprendre par coeur: dépasser le stade de la pensée. Répéter jusqu’à déverser dans l’inconscient et que l’habitude devienne réflexe.

Enfin, et c’est certainement le point le plus irrationnel à ce jour et néanmoins le plus important: le cœur est capable de l’intuition avant le cerveau. « Ayez le courage de suivre votre cœur et votre intuition, car ils savent ce que vous voulez devenir, tout le reste est secondaire », disait Steve Jobs. L’expression «écouter son cœur» refléterait une réalité.

En effet, des études révèlent que le cœur est capable de prémonition: il sait, et qui plus est, avant que les événements surviennent et avant même que vous ayez conscience de savoir. « Les chercheurs conclurent que les êtres humains en général, – et les femmes légèrement plus que les hommes – sont capables d’accéder à l’information sur le futur au-delà de l’espace et du temps. Ce processus implique un vaste système comprenant le cœur, le cerveau, et vraisemblablement l’ensemble du corps humain. »

Des découvertes qui confortent l’idée selon laquelle la transmission d’information défie l’espace et le temps. Ces lois quantiques s’appliqueraient à la biologie: de tels phénomènes sont à l’œuvre dans la photosynthèse ou la molécule d’ADN.

Pour conclure la première étape de notre voyage, nous rappellerons que si le cogito se mesure par le Q.I. ce n’est pas le cas de l’intelligence dans son sens global: relier les choses entre elles. Tisser la connaissance dans un référentiel le plus large possible. Certes la puissance de l’intellect pèse, mais elle ne demeure qu’un pilier de la capacité de sagesse.

Notre développement dans le ventre maternel, s’effectue en gros à partir de trois tuyaux. Le premier tuyau est le système sanguin, à partir duquel se forme le coeur. Le deuxième tuyau est le système nerveux. Il donne naissance au cerveau et à un réseau de nerfs qui rayonnent dans tout le corps. Enfin le troisième tuyau constitue le système digestif. Ce sont les trois pièces maitresses qui se discernent et transforment un amas cellulaire en être humain.

Ces trois zones intelligentes auxquelles nous nous intéressons: le coeur, le cerveau, l’intestin sont précisément la genèse et les fondations du développement d’un humain. Tous trois sources de neurones dont il convient de comprendre l’aspect transversal de l’approche qu’il faudrait en avoir.

L’écueil est de considérer le cerveau comme le seul centre de contrôle. L’un ne va pas sans les autres, ils fonctionnent ensemble de manière interdépendante. Et s’il en est un qui contrôle les autres, ce n’est certainement pas celui qu’on pense.

Nous tenterons d’illustrer dans un prochain article la répercussion de telles croyances. À travers le libéralisme notamment et plus largement par chaque courant où l’homme imposa sa bienveillante arrogance à la nature.

Sans s’épancher sur la critique, compétition relevée qui connaît beaucoup de champions, nous observerons comment le retour conscient des individus vers le moment présent, par l’élévation du niveau de conscience collective, serait le salut.

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Benoît
20 décembre 2020 10 h 26 min

Superbe article Fabien !

Marie-Jo
23 décembre 2020 23 h 09 min

Bien cet article. Toujours lecture passionnante. Merci