La technique Alexander ou rééducation posturale

Grâce à un ostéopathe remarquable, je découvris et pus expérimenter la technique Alexander. Pratiquant passionné d’arts martiaux lui aussi, il m’introduisit à cette technique à la fin de notre première rencontre alors que j’ignorais tout de celle-ci. Dès le premier contact je ressens un potentiel fort. Le soir même, animé d’un sérieux appétit de connaissance, je commence à investiguer. Comment un infime changement de posture a pu procurer une telle sensation? Il me faut en savoir plus et explorer ce potentiel présumé.

La technique Alexander pose l’hypothèse selon laquelle la posture a des effets sur l’organisme. Deux ans après cette rencontre, il m’apparaît un lien clair, direct, entre la technique Alexander et la circulation de l’énergie vitale. Je l’applique désormais à la méditation alors qu’elle est répandue chez les artistes et orateurs (professeurs, musiciens, acteurs, etc). Commençons par le commencement: qu’est-ce que la technique Alexander?

La technique Alexander, quèsaco ?

La technique Alexander n’est pas une thérapie mais un mode d’éducation, ou de rééducation posturale. Elle peut être guidée mais on doit en comprendre les principes. Selon son créateur, la façon dont nous utilisons notre corps peut contribuer à la santé, ou lui nuire. Nous prenons de mauvaises habitudes de posture et de respiration qui engendrent des problèmes comme des maux de dos, de tête, la fatigue, raideurs, etc. Ceci impacte notre capacité de mouvement et in fine notre santé.

À travers différents moyens d’apprentissage et de rééducation des gestes de la vie quotidienne comme marcher, s’assoir, s’exprimer, la technique Alexander permet d’apprendre à rétablir soi-même un équilibre postural sain nécessaire au bon fonctionnement de l’organisme. L’individu apprend à prévenir certaines habitudes qui perturbent son équilibre postural sans qu’il en soit conscient. Il s’agit par exemple du raccourcissement chronique du cou, des lombaires, du rétrécissement de la cage thoracique, etc. Cette compression de l’organisme altère son fonctionnement (respiration, digestion, circulation), et de fait diminuent sa performance avec des conséquences possibles sur la santé (lombalgies, cervicalgies par exemple).

Pour l’histoire, Frederick Matthias Alexander, acteur de théâtre australien, connaissait dans les années 1890 aphonie et maux de gorge lors de ses prestations. À tel point que ceci risquait de mettre fin à sa carrière. Les médecins ne décelant aucune cause physiologique, il amorça une intense observation de sa posture et de sa technique vocale. Ceci lui permit de découvrir qu’il raidissait inutilement l’ensemble de son corps lorsqu’il se préparait à réciter. Il lui fallut une dizaine d’année pour corriger les comportements inadéquats par observation, appliquant une rigueur scientifique empirique sur laquelle il bâtit sa technique.

Ce faisant, des gens de la scène commencèrent à le consulter pour des problèmes qui nuisaient à leur travail. Bientôt, les médecins se mirent à lui envoyer des clients pour des problèmes de diverses natures. En 1904, l’enseignement était alors devenu sa principale occupation. Il s’installa à Londres où l’appelait une clientèle toujours plus nombreuse.

Aujourd’hui largement implantée dans le monde Anglo-saxon, la technique Alexander jouit d’une bonne réputation en Scandinavie, en Allemagne, aux Pays-Bas, en Belgique. En Suisse les cours sont remboursés par les assurances complémentaires. Elle reste assez peu connue en France.

Elle est enseignée par un professeur. Libre à nous d’en comprendre les fondements et les appliquer en utilisant l’observation, comme l’a fait initialement Alexander avec un miroir. Le principe est le redressement de la posture. Aligner la colonne vertébrale de sa base à son extrémité pour éliminer les compressions, le plus souvent possible, dans toute position. Pour illustrer la technique, le sommet du crâne est tiré vers le haut, légèrement vers l’avant comme si vous vous grandissiez. Rien d’autre ne bouge, les épaules restent relâchées.

Dans cette translation le menton rentre vers le haut vers l’arrière, suivant le sommet du crâne. Le torse se bombe maintenant un dos droit et une colonne vertébrale non compressée.

La bonne circulation de l’énergie

Le grand intérêt de la technique Alexander qui consiste donc à adopter la bonne posture est, à mon sens, la circulation de l’énergie. C’est d’ailleurs pour cette raison que la méthode a particulièrement retenu mon attention. Il lui est associé la communication, le chant, et donc la respiration mais son rayonnement est global.

Citons Nikolaas Tinbergen, Nobel de physiologie et de médecine 1973, lors de son discours d’investiture: « La technique Alexander est une forme extrêmement raffinée de redéploiement du système musculaire tout entier, et par là, de beaucoup d’organes… ».

En effet, nous sommes un tout indissociable composé d’aspects que nous qualifions de physiques, psychologiques, émotionnels pour notre compréhension et esprit analytique. Ils n’en demeurent pas moins intriqués. De l’équilibre de l’ensemble dépend notre justesse d’adaptation à la vie.

Ainsi la technique Alexander est une méthode douce qui s’inscrit dans le temps et la patience, comme dans la durabilité. Son essence est d’agir sur les zones charnières de la colonne vertébrale, allant de sa base (liaison avec le bassin et le bas du corps) à la base du crâne.

Ce point retient mon attention en particulier: la base du crâne, à la jonction avec la colonne vertébrale. La jonction cranio-cervicale ou encore charnière cranio-rachidienne est un point absolument majeur. Il s’agit de la liaison entre la tête et le corps, une zone primordiale comme incontournable de transmission de l’information. Des scientifiques comme Charles Sherrington, considéré comme l’un des pères de la neurologie moderne, témoignèrent publiquement du bien-fondé de cette approche.

Pour ma part, j’ai pris quelque temps pour prendre pleinement la mesure de ce point. Nul doute qu’il constitue un levier de développement personnel. Son bon placement représente une posture idéale, favorable à la méditation notamment. De cet alignement de la tête avec le corps, du crâne avec la colonne vertébrale, un bien-être montera. En ce point les frissons sont légion.

Amateurs d’ASMR, « Autonomous Sensory Meridian Response / réponse automatique des méridiens sensoriels », éclatez-vous. De plus, cette pratique est salutaire (i.e. autrement mieux qu’une séance YouTube). À rapprocher d’un concept vieux comme l’hindouisme, celui de Kundalini. In fine tout ceci est la même chose, douceur de l’énergie vitale.

Souvent nous interprétons les choses a posteriori, dans une autre époque, à la place de leur auteur. Et alors on dit « c’est l’histoire ». Je ne sais si Alexander avait conscience de tout cela lorsqu’il construisait sa technique. Cependant, il joua un rôle de pionnier dans les approches de conscience corporelle occidentale.

La rééducation posturale aida depuis plus de cent ans des dizaines de milliers de personnes à gérer leur stress, retrouver un dos en santé ou améliorer leur état général. Elle est particulièrement efficace sur le système nerveux et le système articulaire. Indiquée par exemple dans les cas de lombalgie et de sciatique chroniques, de tassement vertébral, insomnie, maux de tête, traumatismes liés à un accident ou aux mouvements répétitifs de certains sports, arts et métiers. Sa pratique améliore la qualité de vie des patients atteints de la maladie de Parkinson. Elle est applicable dans les gestes du quotidien.

Un outil pourrait aider la rééducation posturale. Je l’utilise parfois lorsque je travaille longtemps sur ordinateur afin de limiter l’avachissement qui survient après quelques heures. Si tel est votre cas, le mieux reste d’observer des pauses fréquentes et pratiquer de l’exercice et du mouvement. Ceci étant dit, il peut constituer une aide au maintien de la posture mais ne remplacera jamais une approche consciente comme la technique Alexander. Le harnais agit sur le haut du dos, non sur le port de tête qui permet la décompression de la colonne dans son ensemble. voir le correcteur de posture.

Technique Alexander

Pour agir sur votre nuque et tirer doucement le crâne vers l’arrière, vous pouvez essayer le hamac de tête. Il s’agit d’une pratique de relaxation en position allongée. Elle n’a pas vocation à rééduquer.

La relation de la posture et du mouvement, la locomotion, est limpide. Je l’écrivais dans un article consacré à la chaîne musculaire postérieure. Cependant les effets secondaires de la posture sur l’organisme sont moins évidents.

La technique Alexander est une observation globale et minutieuse des problèmes somatiques dans l’objectif de les dénouer par la posture. Elle est une technique de conscience. De prise de conscience, de maintien d’un état de conscience et d’augmentation de conscience. Il s’agit d’habiter pleinement son corps. Cette augmentation de la sensibilité et des perceptions intérieures ne peut se faire qu’au présent, ancré dans l’instant. En cela, elle s’apparente à une pratique méditative. Ainsi lier les deux est apparu naturel.

S’abonner
Notifier de
0 Commentaires
Inline Feedbacks
View all comments