L’aventure nomade en Mongolie (suite)

Suite de l’aventure nomade: j’explore la Mongolie centrale en remontant la vallée de l’Orkhon à moto jusqu’à ses chutes, avant de réaliser un trek de plusieurs jours à cheval en autonomie dans le parc national de Naiman Nuur qui se situe en haute montagne mongole. Mettez les casques, on y retourne!

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Le parc national de Naiman Nuur à cheval (trek des 8 lacs)

Caroline et Marion, mère et fille, arrivent avec un des taxis de l’état-major, la patronne Gaya. Bien heureux de les retrouver, nous partons après le classique thé au lait nomade, pour mieux remettre cela à l’arrivée sur le site des éleveurs de chevaux. Marion est passionnée et amoureuse des chevaux. Nous allons rencontrer nos partenaires poilus, à grandes oreilles et à gros nez doux, pour ce trek de quatre jours. Impatients de découvrir l’équipe, l’excitation nous gagne. Je quitte ma famille nomade #2 en laissant la majeure partie de mon paquetage et la moto sur place. Direction plein ouest, les éleveurs de chevaux sont installés proche des chutes de l’Orkhon.

15 minutes de piste plus tard nous y sommes. Le ciel s’ouvre grand et beau, le soleil est de la partie et les guides sont joyeux. Les chevaux semblent parfaits. Les présentations sont faites! Nous faisons les derniers ajustements. Tout est au vert, sauf l’un des deux guides qui ne pourrait s’acquitter de souffler dans le ballon en cas de contrôle monté. À sa décharge, vous trouverez plus facilement de la vodka russe que des légumes verts dans les steppes mongoles (bien que certaines herbes sauvages locales soient comestibles et dotées de propriétés culinaires). Qu’importe, le bougre se charge du cheval de bât et l’autre guide de mener à bien la première étape. Monter à cheval est sensiblement comme marcher pour cet homme. Peut-être même plus simple en ce jour d’ébriété.

l'aventure nomade en Mongolie

Ainsi nous partons, apprenant des chants mongols. La situation nous vaudra des arrêts ravitaillements magiques chez des familles où l’on nous reçoit toujours avec la même « hospitalité nomade »: le lait, le beurre, le pain. Et un godet de vodka pour certains. L’ambiance est à la rigolade, les chevaux se détendent après quelques grands galops avec Marion. Le joyeux guide nous régale, il nous pousse à accélérer! Je le soupçonne de nous tester. Son jeune petit cheval, archétype de la monture mongole, se montre déjà héroïque avec un tel numéro sur le dos. Il glissera tout de même une fois de la selle, sans l’objectif premier de nous amuser. Son compère guide, plus calme et tout aussi bienveillant, prend soin de Caroline, lui donne les conseils pour le cheval et ferme la marche. Je regarde cheminer cette équipe pleine de joie. Sourire aux lèvres, j’observe comme le bonheur est simple.

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La région de Naiman Nuur, « Huit Lacs », s’est formée suite à des éruptions volcaniques à travers les siècles. Les lacs se situent à 35 km au sud-ouest des chutes de l’Orkhon mais la piste est impraticable: elle est coupée par une coulée de lave qu’il faut franchir, limite naturelle entre la steppe et la chaîne de montagnes, faisant ainsi de ce secteur une zone protégée. Ce chemin est accessible uniquement aux randonneurs et cavaliers. Elle est infranchissable par tout véhicule. Ainsi nous profiterons d’une nature prodigieuse dans le chaos des sentiers accidentés et marécageux, tandis que les jeeps devront contourner les montagnes par Bat Ulzii (130 km), voire par la piste de Khujirt (260 km) en cas de mauvaises conditions météorologiques.

Franchissant la coulée, nous quittons progressivement la steppe pour rejoindre le parc national de Naiman Nuur et la chaîne de montagnes du Khangaï. Le paysage change, il devient typique des hautes montagnes de Mongolie avec ses grandes forêts de mélèzes. Parvenus à l’orée de la forêt, nous gagnons les dernières yourtes visibles et établissons le camp pour la nuit. Elle sera très froide malgré le poêle central qui s’est retrouvé à court de bois bien trop tôt dans la nuit. Une meilleure organisation s’impose pour la prochaine. L’avantage quand tu as eu froid comme ça une fois est qu’aucune motivation supplémentaire n’est nécessaire pour s’occuper du feu durant la nuit. L’expérience seule suffit, toute l’équipe en convient volontiers!

Au matin, les chevaux sont prêts. L’ascension va commencer. Le parc se situe dans une zone de haute montagne comportant des prairies alpines et des forêts de conifères (pins de Sibérie et mélèzes de Sibérie). Après s’être dégourdis les pattes dans la vallée, le travail commence pour les braves montures. Nous emmener sur le plateau à 2400 m d’altitude à travers un sentier escarpé et rocailleux. Leur assurance est remarquable. D’un pas sûr et rythmé nous parvenons en haut. Bel effort les poilus: lorsqu’on connaît la course à pied en montagne (le trail) et l’effort physique et mental que cela requiert, on ne peut que respecter… qui plus est avec un gros sac sur le dos: un humain.

Plus nous progressons plus le paysage est à couper le souffle. Nous rencontrerons des vallées jonchées de pierres volcaniques, franchirons des zones extrêmement marécageuses où les chevaux démontreront une fois de plus leur courage et leur sureté. Il est impossible de progresser rapidement dans ces conditions. Les destriers, bien qu’habitués, vérifient chacun de leur pas. Le sol est si meuble que nous pourrions ne pas ressortir de certains bourbiers. Les randonneurs que nous croisons sont couverts de boue jusqu’aux genoux. C’est une zone dans laquelle il ne faut pas s’aventurer seul à moins d’être sérieusement expérimenté et connaître le terrain.

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La région est fraîche. Des tempêtes de neige ne sont pas rares en juin et à partir de la mi-août. Au cœur de l’été, le thermomètre dépasse rarement 20°C en journée. Le climat démontre des changements météorologiques brusques. Nos guides, experts de ce secteur, jouent aux échecs avec les nuages. Ainsi nous naviguerons entre les évènements capricieux, à l’écoute de toutes les indications, choisissant la fenêtre d’action, nous réfugiant parfois chez les nomades campés au bord des lacs pour laisser passer l’orage. Et boire un lait chaud.

Ainsi sur une toile grise grondante je verrai mon premier double arc-en-ciel, signal de lumière émanant directement des anges paraît-il. Le ciel saluerait-il notre audace? Après plusieurs coups gagnants sur le plateau, entre les lacs, nous prendrons échec et mat au retour dans la vallée: la grêle. Fanfaronner est toujours une erreur, surtout face à la Nature. Le ciel: ne jamais baisser sa garde, même en dehors du ring.

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Dans l’enceinte du parc national, on rencontre des dizaines d’espèces d’oiseaux comme le plongeon arctique, le grand cormoran, l’oie à tête barrée ou le cygne chanteur. C’est aussi le territoire des yacks, des loups et des aigles. Les chevaux ne s’y trompent pas. Par leurs sens aiguisés comme l’ouïe et l’odorat, ils sont capables de sentir le danger d’un prédateur avant même que nous puissions en remarquer la présence. Outre la mise à disposition de leur capacité physique, par leurs sens ils deviennent votre meilleur allié.

En retour ils apprécieront avoir un bon cavalier. Pas nécessairement techniquement parlant, à condition d’un minimum syndical que je résumerai à l’accompagnement dans l’effort. Plutôt dans le sens bienveillant, respectueux, mais aussi à l’écoute. À mon sens, les plus grandes qualités d’un cavalier sont son instinct et son intuition. Le cheval est un animal profondément instinctif. Il ne peut être compris que sous cet angle d’observation. Lorsqu’il travaille, il aime être écouté. C’est un échange qui se met en place. Un lien. Parfois il hésitera. En réalité il s’en remet à vous. Faites les bons choix rapidement, fermement, et la confiance pourra s’installer. Plus vous lui donnerez les informations valables, notamment à l’aide de notre vue, plus il entendra votre décision le moment venu.

Ces petits chevaux vivent à l’année en liberté dans des conditions difficiles. Ils appartiennent à un troupeau et restent à demi-sauvages. Si leurs fonctions animales sont pleinement conservées et leurs sens aiguisés pour leur survie, l’humain doit s’adapter à cette expression naturelle parfois brute. Il va sans dire que pour qu’un tel lien se crée et s’entretienne, il est nécessaire d’habiter pleinement le présent. L’humain ne peut se lier avec l’animal s’il est perdu dans ses pensées. Le mental doit se taire pour laisser place à l’essence même de l’homme, ce qu’il a de meilleur. Ainsi les chevaux partageront ce qu’ils ont de meilleur.

J’en fais l’expérience alors qu’un aigle prenait son envol depuis un arbre à quelques dizaines mètres de nous. Avant même que nous ayons détecté sa présence, dès l’intention de décollage du grand rapace les chevaux sont devenus nerveux et ont eu une réaction soudaine brusque et collective qui aurait pu désarçonner les cavaliers. Nouveau rappel de dame Nature. Sois présent. Sois ici, maintenant, ou tu tomberas de cheval. Note aux futurs cavaliers, prenez garde aux grands rapaces de Mongolie (aigles et vautours), leur présence et leur vol rendent très nerveux les chevaux. Nous avons pu le vérifier avec Marie et Jean alors qu’une impressionnante volée de vautours se délectait d’une grande carcasse fraîche sur notre chemin.

Retour au trek, la seconde journée est pleine: ascension en matinée suivie de la traversée des prairies marécageuses pour atteindre le premier grand lac d’altitude. La zone est dégagée, le paysage majestueux. La présence nomade campée à chaque extrémité du lac. Nous récupérons une yourte et passerons la nuit ici. Il y a du bois, beaucoup de bois. La forêt nous borde alors que le lac nous observe. Nous aurons chaud. Tout est parfait.

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Parc national Naiman Nuur

La vue de ce havre froid est incroyable. Des yacks massifs, vaisseaux pacifiques revêtus d’épaisses fourrures, naviguent autour des yourtes dans un grognement troublant. Nous relaxons face à la profonde beauté qui nous entoure. Un jeune chiot vient taquiner Marion chez qui il trouve une inépuisable compagne de jeux. Caroline capture la magie de l’instant à travers son objectif. Avant d’explorer la lisière de la forêt et tâter l’eau du lac, je flatte les chevaux. Les écouter encore un peu. Bande de braves. Connaissez-vous le bonheur d’un repas chaud après une telle journée?

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I got you brother

Nous nous organisons pour alimenter le feu à tour de rôle durant la nuit. Certes enfumée, elle fût saine et reposante. Plus nous affrontons les épreuves plus les liens se soudent avec Caroline, Marion et les deux guides dont nous tentons encore de prononcer les noms. Plutôt solitaire dans ce genre d’aventure, c’est un plaisir de partager ces moments avec eux et apprendre de l’expérience nomade et de la splendeur sauvage qui nous entoure.

Au troisième matin les guides hésitent à partir. Le ciel est menaçant. Nous sommes prêts. Ils savent que nous pouvons aller vite à cheval. La décision est prise: nous voyagerons léger. Le paquetage reste à la base, nous allons parcourir les chemins qui relient les différents lacs de manière à faire une boucle et repasser par le campement avant de redescendre. Les chevaux adorent cette étape, ils s’en régalent autant que de l’herbe grasse à chaque pause. Le dernier lac, le plus grand, est encore plus majestueux que ses frères. L’eau est transparente, laissant clairement apercevoir quelques beaux bancs de poissons. Aucune yourte n’est établie dans ce secteur mais il est possible d’y camper au mois de juillet lorsque la météo le permet. Mais pas ce jour. L’orage arrive. Nous filons comme le vent.

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Retour à la base pour récupérer le paquetage et le cabochard de bât. Il nous faut couvrir en une après-midi ce que nous avons mis la journée à parcourir. Deux variantes de poids: nous sommes allégés d’un jour de vivres et le chemin descend. Le passage des prairies détrempées se fera sans encombre malgré la fatigue des chevaux et des cavaliers. Après avoir amorcé la descente, nous mettrons pied à terre pour soulager nos montures, nos jambes, et les accompagner dans cette dernière partie périlleuse. Expression de gratitude envers ces courageux.

Le soir au campement, nous pratiquerons l’arc mongol avec la nouvelle famille nomade qui nous accueille. À nouveau sur le territoire des loups, nous les entendrons hurler en cette nuit de lune. Au petit matin nous croiserons un jeune poulain à demi dévoré. L’oeuvre de la meute. Nous sommes sur le retour d’une aventure intense. La réalité est brute. Ou plutôt elle est comme elle est, et nous seuls la jugeons brute. Pour nos guides, c’est la vie qui se perpétue. Pour nous, une tristesse. La Mongolie offre une autre proposition, un angle que nous avons oublié dans la modernité.

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Les deux guides au calme lors d’une pause entre les lacs

Caroline et Marion ont pleinement contribué à la richesse de cette aventure. Du pressentiment que sans doute nous ne ne vivions pas cette épopée ensemble par hasard sort la réalisation d’une expérience inoubliable et une note sacrée. L’amour profond entre une mère et sa fille nous accompagna tout au long du chemin. Deux sensibilités féminines fortes et bienveillantes. À cela aussi je dis merci.

Ces quatre jours de trek à cheval dans le parc national de Naiman Nuur furent une célébration de la Nature. Coupé du monde moderne. Aucune connexion. Plus de téléphone ni ordinateur. Seule la nature et son vivant. Un voyage dans le temps à travers forêts et marécages, par-delà les montagnes et les lacs. Le temps des yacks, des aigles et des loups. Le temps des chevaux. Le présent.

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La bravoure des petits chevaux mongols n’a d’égal que leur sûreté. Tous sommes heureux et reconnaissants de ces quatre jours sur leur dos. Une endurance à toute épreuve et l’envie de parcourir les kilomètres et les partager avec un homme.

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Ci-dessus mon héros, mon costaud. Ton nom pourrait être Vaillant. Les heures liées étaient pur plaisir; une vibration qui restera en moi. Ce trek, une ode à la joie.

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Retour en moto et profonde expérience nomade

Dans la vallée, chez la soeur de Gaya, mon tonnerre mécanique orange n’a pas fugué. Il attend sagement avec le reste du paquetage. Le nomade est fiable. En revanche physiquement, il s’agirait de faire une bonne nuit de sommeil et de se restaurer abondamment avant de reprendre la piste. L’envie furieuse d’une bonne bière fraîche me pousse à prendre la moto direction le premier village: Bat-Ulzii.

Une nouvelle fois, je sous-estime le temps de parcours en surestimant le bon état de la piste et des rivières. Optimiste que je suis! Il me faudra faire des détours importants pour emprunter les ponts; je mettrai plus d’une heure et demie à rejoindre le village. Comble de la chance, je serai interpellé par la police locale à l’entrée. Comme les autres devant et derrière moi: absence de casque. Tout le monde repart, sauf moi. Ma connaissance du mongol étant un peu floue, l’intuition m’indique quand même que ça ne sent pas bon. Je me ragaillardis: si les autres sont passés, je le peux aussi!

« CASKEUUUUH » m’hurle l’uniforme en face. « Nomade » lui réponds-je en lui montrant la vallée d’où je viens. Il enchaine: « PASSPORTEUH ». « water ». Nous dialoguerons ainsi intelligemment pendant quelques minutes. Il finira par se lasser et me dire de circuler. Pas certain de l’issue si je lui avais répondu ma véritable intention: BEER. J’en profiterai pour acheter quelques vivres supplémentaires qui ne furent pas du luxe le soir venu autour du poêle. Retour à la yourte par un autre chemin pour éviter la police, entre coucher de soleil d’un côté et orage menaçant de l’autre. Je vais même pouvoir prendre une douche.

Le lendemain matin, paquetage ficelé, je reprendrai ma route joyeux et opérationnel, prêt à en prendre plein les yeux et les bras. Après les adieux, assis sur la moto, je démarre et enclenche une vitesse. Alors que j’entreprends un demi-tour autour des yourtes, la soeur de Gaya lance du lait en l’air en ma direction avec un instrument de bois: le tsatsal. Aux Dieux, Terre et Ciel. Ce voyage est désormais béni.

En remontant entre les montagnes par le nord, une erreur de navigation me conduira directement dans la mauvaise vallée et un énorme orage. Le ciel aurait-il été offensé de voir la projection de lait retomber sur la terre? La gravité ramène les hommes à la réalité. Cet évènement me poussera à expérimenter une nouvelle fois l’hospitalité nomade alors que l’orage me rattrape et s’abat sur le secteur.

Visibilité nulle, pluie battante, je serpente entre les collines au milieu de la forêt. Le tonnerre gronde et manifestement la foudre est en chemin. La moto glisse plusieurs fois dans les chemins gras détrempés, me faisant regretter mon brave cheval. Je la relève de plus en plus péniblement; je sais que ne peux pas passer l’orage à faire cela sous peine de voire mes forces m’abandonner ou pire, me blesser. Elle pèse bien plus de 100kg, hors paquetage. Par ailleurs en restant à cet endroit je vais me retrouver au centre de l’orage. Premier réflexe, m’abriter à la lisière de la forêt. La vision d’un nombre incalculable d’arbres foudroyés sur le chemin me revient instantanément en mémoire. De sous mon sapin, il me faut bouger.

Certes, mais pour faire quoi? Il n’y aucun autre abri. Malgré la difficulté à progresser, je repars à moto. Un ou deux kilomètres plus loin, une zone dégagée. J’aperçois des yourtes. Je m’approche, m’attendant à devoir appréhender un (ou plusieurs) chien nomade comme il est souvent le cas aux abords d’un camp. La voie est libre! De plus la porte d’une yourte est ouverte. Je gare la moto et m’engouffre, trempé jusqu’aux os, grelotant. Sauvé.

La surprise de la famille nomade à cet instant vaut le détour. Vraiment. Non pas de voir débarquer quelqu’un, ils y sont habitués et ont laissé la porte ouverte dans cette intention d’hospitalité. Plutôt de voir un Européen perdu dans cette jolie galère. Les traditions et les valeurs sont fortes: on m’accueille chaleureusement, la matriarche ravive le feu et charge le poêle pour dégager plus de chaleur. On me tire une bûche (expression québécoise signifiant prendre un siège) au bord du foyer; déjà on me tend le thé au lait chaud et le beurre maison avec du pain. Réconfort. Son fils et petit fils sont présents. À mon tour je partage une partie de mes vivres avec mes hôtes. Dans la yourte d’autres enfants arrivent, je leur donne mes abricots séchés.

Plusieurs générations d’une famille d’éleveurs sont campées là. Une femme dans la cinquantaine entre. Elle parle parfaitement anglais. Nous commençons à discuter. Ainsi j’apprendrai une partie de leur histoire et découvrirai encore les us et coutumes nomades. Ils s’apprêtent à se rapprocher de la rivière pour l’été. Deux heures ensemble dans la chaleur de la yourte et de l’échange, l’orage est passé. Il est temps de reprendre la route.

À cheval sur ma moto des steppes, je terminerai une boucle interminable de 700km de pistes, éreinté comme émerveillé. Établir le meilleur itinéraire, passer les rivières à gué lorsque c’est possible, sélectionner les trajectoires, éviter les animaux, fuir les orages, se réfugier chez les nomades, gérer l’essence. Garder le cap tout en s’émerveillant de l’immensité et de la beauté du paysage. Découvrir la vie de tous ces animaux sauvages et à demi-sauvages. Sans filet, proche d’un état de flow permanent. Voici à mon sens la définition de l’aventure. Une expérience édifiante qui me ramène tout droit à la base, chez Gaya, ou une partie de mon bagage m’attend.

Désormais à l’aise avec l’attitude mongole d’apparence brute, je retourne seul passer quelques jours avec la première famille nomade dans l’objectif de multiplier les sorties à cheval en solo et étudier le comportement du cheval mongol dès lors, afin de préparer la suite… La famille est si heureuse de me revoir que je me demande comment aurais-je pu faire autrement que de ne repasser par leur camp. L’hospitalité nomade n’est pas un mythe et je suis heureux de m’être débarrassé des simagrées protocolaires dites civilisées. La vie est rude ici, pas de chichi, pas de bla-bla. Simplicité essentielle sous le signe de  la bienveillance.

Cette nuit sous la yourte, sous une peinture d’étoiles, fût un doux rêve astral. En pleine forme le lendemain matin, préparant mon jeune cheval avec le patron, je m’aperçois qu’ils ont commencé à démonter leur yourte! Ils lèvent le camp aujourd’hui. L’été s’est installé, les journées devenues chaudes, le nomade quitte la colline pour rapprocher les troupeaux de la rivière.

Je vais expérimenter le cheval me dis-je, bien qu’il serait instructif et probablement bienvenu de les aider. Au bout de quelques kilomètres, l’équidé décida pour moi. Trop chaud et/ou trop loin du troupeau, le bougre ne veut pas s’éloigner de la rivière. N’ayant pas le coeur à lui « rentrer dedans » et surtout aucune obligation, il gagne cette bataille haut la main et nous rentrons après une petite heure ensemble. De fait, les chevaux mongols sont très attachés à leur harde. Partir seul et éloigner un jeune cheval peu habitué s’avérera une épreuve difficile, réservée aux très bons cavaliers. Il vous faudra démontrer du caractère et de la détermination car votre partenaire n’en manquera pas.

Par décision unilatérale du fidèle destrier, je me retrouve embauché volontaire dans la migration de ma famille nomade!

aventure nomade en Mongolie

La yourte Nomade

Je ne m’attendais à recevoir autant de joie en proposant ma main-d’œuvre inexpérimentée. Ils sont ravis de ma participation et le patriarche met un point d’honneur à me transmettre un instant de la tradition nomade. Apprentissage et partage de connaissances, un terrain d’entente si fertile.

De la famille est venue pour l’évènement, entraide nomade naturelle. Le démontage et le paquetage n’ont aucun secret pour eux. D’abord ils établiront le nouveau camp en bordure de la rivière Orkhon quelques kilomètres plus bas. Ensuite ils rapatrieront les troupeaux, habitués à la manoeuvre.

Après chaque yourte démontée, transportée puis remontée, nous mangeons et buvons. Ainsi je vois le squelette puis chaque couche qui compose leur habitat. Les yourtes tiennent debout par un jeu de force entre les éléments de la structure de bois et des cordages. L’assemblage est fort intéressant. Chacun tient son rôle dans une technique rodée. Nous en profitons pour réparer ou consolider des éléments abimés par l’hiver avec des matériaux de récupération. Des canettes de bière serviront ainsi de plaque métallique pour solidifier la coupole. Le nomade est ingénieux.

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à l’intérieur de la yourte

Encore une belle journée pleine de soleil et de richesse qui s’achève au milieu des steppes de Mongolie centrale. Il est temps pour moi de tirer ma révérence et continuer la route. Au couchant je démarre la moto, paquetage ficelé. Au revoir ou adieu. Dans les deux cas, merci.

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Impossible de terminer cet article sans vous donner le contact de la base à Kharkhorin, j’ai nommé la remarquable Gaya et sa famille. Elle vous aidera à réaliser et planifier vos aventures en vous orientant vers de bons guides avec qui elle travaille. Pour sortir des sentiers battus, elle vous conseillera mais il vous faudra in fine en prendre la responsabilité et créer votre voyage.

=> Gaya Guest House (communication en anglais)

La Mongolie est un immense terrain de jeux, elle n’en demeure pas moins la nature dans sa pleine réalité. L’assurance tous risques est limitée au milieu des steppes ou en haute montagne. Avant de s’aventurer en autonomie à pied, cheval, moto ou vélo, il y a des règles à respecter comme être préparé physiquement et moralement ou être expérimenté, pouvoir se sortir d’une mauvaise situation, savoir s’orienter, savoir faire du feu, savoir demander de l’aide, connaître le comportement animal, etc. Sans cela, suivez un guide.

Pour un projet voyage sur mesure, vous pouvez aussi communiquer avec moi

À SUIVRE…

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Le troisième et dernier chapitre de l’aventure nomade en Mongolie nous mènera au nord du territoire: la région du lac Khövsgöl aux portes de la Sibérie, pour un dernier périple haut en couleur. Des steppes à la taïga, retour à l’état sauvage sous l’oeil et sur le dos de ce brave Tornado. 

Pour lire la suite, par ici

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Caroline
9 février 2020 9 h 46 min

Je me suis permise de partager et raconter ton récit à l’oral en famille auprès de mes plus proches… Ma profonde gratitude Fabien pour avoir pris ce temps… C’est une chance d’avoir pu partager cette aventure avec toi et de te lire. Je partage ton amour sans condition pour les chevaux (bien qu’avant leur taille me faisait peur). Il m’a fallu ma fille et du temps pour comprendre et apprivoiser mes craintes. Ils donnent tout avec docilité et n’attendent rien de nous…Eux savent, et moi, je tente de progresser… Mille tendresses et merci. Tes mots nous ont fait vivre et… Lire la suite »