L’aventure nomade en Mongolie (suite & fin)

Troisième partie: suite et fin de l’aventure nomade en Mongolie. Direction le nord du territoire, la région du lac Khövsgöl aux portes de la Sibérie, pour un dernier rodéo haut en couleur. Des steppes à la taïga, retour à l’état sauvage avant de célébrer le Naadam, fête nationale mongole.

Pour circuler en Mongolie, à moins d’avoir un véhicule tout terrain et une solide connaissance de la géographie locale (ou un guide), il vous faudra repasser par Oulan-Bator. Le bus vous emmènera pendant de longues heures pour des tarifs modestes. Je me retrouve dans le bus à destination de Mörön pour une durée indéterminée. De mémoire une vingtaine d’heures, selon l’état des routes. La promesse d’une nuit reposante.

Le climat au nord est encore différent. Mörön est situé à l’entrée des montagnes et marque les portes de la Sibérie. Au petit matin il pleut des cordes, le vent est glacial. Bienvenue Jeune Loup, dit la Sibérie. Fatigué, la journée peut commencer. Taxi commun direction Khatgal, dernier village de la route, pointe sud du lac Khövsgöl. J’y ai déniché un contact local qui tient une petite auberge et accepte de me prêter un cheval: Tornado. Ce que je savais pas encore de l’aventure nomade est que j’allais en tomber amoureux.

Les portes de la Sibérie, région du lac Khövsgöl

Communément appelée la perle bleue de Mongolie, le lac Khövsgöl s’étend au nord, en s’ouvrant sur la Sibérie à la frontière russe. J’ai longuement hésité à me rendre aussi haut en raison du climat. Mon équipement reste léger pour un mois de juillet sur place. Il y fait frais et la région reçoit beaucoup de précipitations. De retour d’un trek de plusieurs jours autour du lac, Jean me rapporte la magnificence des lieux et me convainc.

Bayara, mon hôte mongol m’accueille. Un gaillard trapu, bourru, à la mongole. Le courant passe bien directement. Il me présente à Sébastien, un maréchal français établi dans le camp. Sébastien vient de se faire voler ses deux chevaux avec lesquels il était en expédition depuis 4 jours autour du lac. Il du rentrer à pied, matériel sur le dos (ce qu’il a pu porter), sans ses chevaux. Dur. Toute cette préparation initiale, la contrariété d’une telle situation et le dommage causé. Il n’est pas au mieux. Tout d’abord, allons boire quelques bières pour faire connaissance.

Je lui expose mon projet, louer un cheval à Bayara et rayonner en étoile autour du lac, explorer des nouveaux endroits chaque jour tout en revenant à la base afin d’éviter les risques de vol car l’endroit est propice. En plus d’être fort sympathique, l’expérience des chevaux et la connaissance du territoire local de Sébastien me seront précieuses. Surtout que nous nous apprêtons à faire une nuit en autonomie pour pouvoir rejoindre un lieu éloigné qui ne se couvre pas en une journée.

Après quelques journées à rayonner dans les environs, pécher, rendre visite aux familles nomades, boire du lait et apprivoiser nos braves montures, nous décidons de lancer notre expédition: une fête locale à une journée de cheval. Nous dormirons sur place chez un ami de notre hôte Bayara et reviendrons le lendemain.

Nous partons de bon matin pour une grosse journée de cheval. Nous voyageons léger, ce qui ne nous empêchera pas de prendre l’orage avant notre arrivée. Le parcours contournant le lac puis rejoignant sa côte par les vallons est simplement grandiose. Nous parvenons à ne pas nous perdre malgré les différentes possibilités (oublier la géolocalisation mobile, Sibérie ici).

aventure nomade à cheval
Tornado, Bourricot, Seb et Fab

Nous traversons les forêts profondes qui bordent le lac et remontons dans les terres, laissant une trace coupable de notre ADN aux moustiques qui se délectent. Inutile de vous préciser que nous sommes seuls tout au long du chemin.

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Pause avant l’orage avec Tornado

En fin de journée nous approchons du village estival où la fête se tient. Nous mangeons local en surveillant les chevaux. Je sens la tension qui habite mon collègue. À juste titre. Nous repartons et arrivons bientôt à destination pour sécher nos affaires et mettre les chevaux au repos après ce gros effort.

L’hôte mongol nous reçoit, nous dit qu’il s’occupera des chevaux. Nous partons à la fête après une tentative de sieste échouée pour ma part mais des vêtements plus secs. À notre retour après un moment mémorable à base de feu de bois, de mouton grillé et de vodka au milieu des Mongoles, nous constatons que les chevaux ne sont plus au même endroit et ne sont pas en train de brouter.

Nous prenons l’initiative de nous en occuper et prenons des quarts. Jusqu’à ce que le cheval de Seb brise sa longe et s’échappe. Il est 5h30 du matin. Seb prend Tornado et part en quête de son cheval (Bourricot) qui s’échappe. Un cheval mongol est à demi-sauvage. Il cherchera toujours à rentrer chez lui, dans le troupeau auquel il appartient. Sébastien parcourra la même distance que la veille au petit matin, chevauchant à cru pour tenter de récupérer (peine perdue) puis accompagner et s’assurer du bon retour du cheval.

Il est 6h00, les couleurs du jour se lèvent. Une brume monte du lac et de la route sur laquelle des yacks sont couchés, alors que les accotements encore humides hier soir, sont gelés. Le temps s’est arrêté. Sébastien cavale à travers la forêt pendant que la rosée s’évapore à l’aube dans un cercle chromatique. J’observe ce moment suspendu.

Tornado, véritable héros de l’histoire, ramènera Seb à bon port. Je rentrerai à moto avec un local et les selles en bagages. Nous sommes heureux de nous retrouver sains et saufs, avec les chevaux en bonne santé. L’aventure nomade est l’école de la vie. La nature est la seule réalité. Pas de filet en Sibérie. J’en prends bonne note pour la suite.

Sébastien continuant son voyage, c’est le temps de s’aventurer seul. Seul? Non. Avec Tornado le brave. Je passerai plusieurs jours à explorer les environs du lac, prendre du plaisir à monter, sans but. Aller faire les courses à cheval, prendre soin de Tornado avec qui j’ai d’excellentes conversations sensées: brouter, boire, galoper, gratter. Aller à la pêche sur son dos. Trouver un endroit pour une sieste sur des pierres chaudes au soleil. Attraper des sauterelles pour la pêche. Retourner visiter les nomades. Se rapprocher pleinement de la nature et de l’écosystème exceptionnel que présente le lac. Regarder le soleil se coucher dans le souffle des chevaux.

aventure nomade sunset

Par notre mésaventure, en ne laissant pas le cheval livrer à lui même et en s’assurant de son bon retour, nous avons gagné la confiance de Bayara. Il me laisse prendre soin de Tornado qui paisse à côté de ma cabane. Le soir en m’endormant, je l’entends brouter. Je l’emmène s’abreuver au point d’eau, nouvelle excuse pour monter à cru et observer les autres chevaux qui se promènent en liberté. Une vie pure. Simple, dans toute son essence.

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Tornado le brave et la joie véritable

Une semaine s’écoula dans cette atmosphère de plénitude. Le temps venu de laisser Tornado retrouver les siens, son troupeau. Va mon fidèle. Jamais je n’aurais cru qu’un cheval puisse tant me manquer. Avant de clôturer l’aventure nomade, saluer la Mongolie et tirer ma révérence, reste à expérimenter le Naadam. La fête nationale mongole.

Le Naadam à Mörön

De retour à Mörön avec Bayara et un autre lutteur mongol, un champion local d’après le sigle sur sa coiffe, le Naadam commence par se remplir la pense de beignets de mouton, badauds comme compétiteurs.

Après quelques morceaux, je me retrouve accompagnateur des lutteurs dans les vestiaires. Il est temps de passer la tenue traditionnelle pour les combattants. Je viens fausser la moyenne de poids par individu au mètre carré. Je suis le seul homme en dessous des 100 kg dans l’édifice. Une crevette dans un troupeau de bestiaux.

aventure nomade naadam

Le Naadam est l’occasion d’honorer les traditions mongoles: sur deux ou trois jours s’enchaineront parades et épreuves. Au programme le célèbre tournoi de lutte, concours de tir à l’arc, course de chevaux, différents jeux d’adresse et autres défilés célébrants les animaux, les compétences physiques et la gloire de Gengis Khan.

Cet évènement est très attendu par les Mongols. Il se déroule dans la joie et la bonne humeur dans les villages. Pour la capitale en effervescence, il représente un évènement majeur avec des concerts et des places pour les JO pour les meilleurs athlètes. Il connaît une ferveur et une affluence de tout le pays.

Instructif pour comprendre la Mongolie, c’est un moment de respect et de fierté pour les traditions et les origines de ce peuple. Sens et adhésion. Joie d’être rassemblé. Il est temps pour moi de partir. J’accole Bayara et monte dans un bus, chargé de souvenirs nature.

Ceci nous ramène aux premières lignes de l’aventure nomade:

« Imaginez un homme au regard perdu à l’horizon, installé dans un bus pour une vingtaine d’heures. Derrière la vitre, la steppe mongole et ses collines dorées à la lueur du couchant. Au retour d’une aventure sauvage aux portes de la Sibérie, détaché de toute présence, il ne voit aucune bonne raison d’être assis ici, maintenant. Pourquoi partir alors qu’elles l’appellent? Quel est ce manque légèrement douloureux d’un fidèle destrier avec qui il brava la distance? Où est le bon sens en cet instant? Pourquoi aller à l’encontre de son Être? Connaitre la béatitude; devoir la laisser. Quitter la réalité essentielle de la vie à laquelle il a désormais gouté. Vaudrait-il mieux ne pas en avoir conscience? Profonde méditation au bord du vague à l’âme.

S’évader, solution immanente. Il voit ce petit cheval vaillant galoper avec un homme heureux, fendu d’un large sourire, insouciant de la futilité moderne. En plein présent. Il vole sur les crêtes, dévale la steppe. Cet homme, c’est lui. C’est moi. Cette évasion est mon Être redevenu sauvage. Nous laissons une partie de nous dans les endroits que nous aimons. Se pourrait-il que j’aie trop aimé la Mongolie? »

aventure nomade

La fin de l’aventure nomade

En Mongolie, tout comme la vie, la mort est partout. Les carcasses d’animaux parsèment la steppe. Parfois des os, parfois de la chair fraîche. Vision brute d’une vérité oubliée: un jour il faudra mourir. Retourner à la Nature, d’une manière ou d’une autre. Chez les nomades, les morts sont traditionnellement abandonnés aux bêtes sauvages. Ils restent présents par le biais de pierres disposées en stèle ou encore par les fantômes et photographies. Ce n’est que dans les années 1950 que le gouvernement communiste mongol interdit cette pratique, qui pourtant perdurera par endroits. Deleuze écrivait:  «les nomades n’ont pas d’histoire, ils ont seulement de la géographie».

En vivant comme si nous n’allions pas mourir, comme si le temps n’était pas la richesse ultime dont nous disposons, nous oublions la chance dont nous jouissons de faire partie de la Vie. Nous faisons des choix sans en connaitre la finalité. En cela réside la beauté de l’existence, en son incertitude. Ces choix sont des ondes. Elles entrent en résonance avec des fréquences similaires. Connaître sa fréquence est le plan du bonheur. Savoir résonner.

Nul autre moyen pour cela que de regarder en soi et explorer son intériorité. « Connais-toi toi-même et tu connaitras l’Univers et les Dieux ». Tu observeras ta vibration, tu joueras ta fréquence. Et par ta volonté de la respecter, tu résonneras ainsi dans la joie avec ce qui est bon pour toi.

Comprendre que la sagesse est la voie de la joie nécessite humilité. Quoi de plus puissant que la connaissance de la Nature pour entretenir cela. Comment ne pas l’aimer? Pis, ne pas la respecter? Seule l’aliénation en est capable. La Mongolie sera pour certains guerriers au coeur verdoyant, un voyage initiatique. L’aventure nomade un retour à la terre. Aux sources.

S’adapter à une société malade n’est pas un signe de bonne santé. Si le monde s’effondre, ou plutôt notre civilisation, les nomades des steppes nous survivront. Pour continuer cette réflexion en Mongolie je vous invite à lire l’article du blog Mr Mondialisation.

Des photos de ce voyage baptisé aventure nomade et d’autres sont disponibles dans le VCLP Store.

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