Le mouvement: vraie raison d’être du cerveau

Connaissez-vous Daniel Wolpert? Daniel Mark Wolpert est un médecin britannique contemporain, neuroscientifique et ingénieur, qui a réalisé par ses travaux d’importantes contributions en biologie computationnelle. Il soutient la théorie selon laquelle le mouvement est la vraie raison d’être du cerveau. Qu’il en est tout simplement la fonction principale.

Pensant le système VCLP dans une logique de développement personnel,  j’arrivais à la conclusion de la nécessité de considérer trois piliers: le mouvement, l’alimentation et la conscience. Chacun interagissant perpétuellement avec les autres, d’où le titre « système ». Ainsi chaque pilier se retrouve à la fois cause et effet de l’autre, selon une intrication personnelle.

Le mouvement se place au sommet des considérations tant il est essentiel. Nous nous cantonnerons à penser le vivant. Si nous souhaitions philosopher, nous pourrions relier le mouvement à la physique quantique, aux mondes des ondes et des vibrations dans lesquelles tout semble mouvement.

Comment le mouvement est-il originellement initié? Cela n’est pas sans rappeler le paradoxe de l’oeuf et de la poule, auquel Diderot apporta la réponse suivante:

« Si la question de la priorité de l’oeuf sur la poule ou de la poule sur l’oeuf vous embarrasse, c’est que vous supposez que les animaux ont été originairement ce qu’ils sont à présent. Quelle folie ! » 

D’où l’importance de se poser des questions, remettre en cause. Remonter à l’origine des choses c’est-à-dire faire de la généalogie. En somme, philosopher.

Si Aristote rejetait toute théorie de l’évolution, affirmant l’existence éternelle des genres et des espèces (fixisme), il a le mérite de penser que ce n’est pas accidentellement qu’un œuf donne une poule. Il y a une raison à cela, une nature des choses qui explique tout développement selon un modèle de perfection, celui de la nature, que les individus essayent d’atteindre durant leur vie.

Dans le cas où cette question de l’existence d’une nature des choses vous tarauderait, je vous invite à parcourir le blog Homodominatus de mon ami Victor. En particulier cet article, dans lequel il oppose la pensée traditionnelle (dont Aristote ferait partie), à la pensée moderne, marquant un clivage entre la science et la philosophie. Nous tombons naturellement d’accord sur la prépondérance de la raison, c’est-à-dire le bon sens.

Mais revenons au mouvement. À la lecture de l’excellent ouvrage de la médecin allemande Giulia Enders « Le charme discret de l’intestin », nous découvrons le travail de son confrère britannique Daniel Wolpert avec la fameuse histoire de l’ascidie.

raison d'être du cerveau
Ascidies

L’ascidie est un animal marin qui se déplace jusqu’à ce qu’il trouve un emplacement de vie idéal. Chemin faisant, savez-vous ce qu’elle fait une fois installée sur son rocher de paradis? Elle digère son cerveau! De fait, et c’est la théorie de Daniel Wolpert, le cerveau devient inutile dès lors que l’ascidie se fixe. Elle utilise alors cet organe, désormais superflu, pour produire de l’énergie. Le cerveau ayant rempli sa fonction, il n’est plus requis. L’ascidie est minimaliste!

Certes l’organe humain est légèrement plus développé que celui de l’ascidie, mais penser que la raison d’être du cerveau, la cause naturelle, est autre chose que le mouvement, est une erreur monumentale pour le chercheur en neurosciences. D’ailleurs cette pensée ne relève d’aucune intuition mais plutôt d’une logique matérialiste rationaliste.

Un cerveau existe pour générer et analyser du mouvement complexe. Il coordonne les sens et crée de l’expérience à laquelle il répond par le mouvement. Il s’agit aussi bien de marcher et jouer avec un ballon que l’expression du visage, la posture corporelle, l’expression orale… jusqu’à la réalisation d’un projet.

Notre ascidie s’étant fixée, l’époque du mouvement est révolue. Elle n’a plus besoin de son cerveau puisqu’elle ne bougera plus. Autrement dit ce qui est immobile, comme un arbre, ne nécessite pas de cerveau au sens organique. Ceci ne signifie pas pour autant qu’un arbre, ni tout ce qui est immobile, est dépourvu d’intelligence naturelle.

Par ailleurs, s’il est encore besoin de le rappeler, le cerveau n’a pas l’apanage de l’intelligence. Fort bien démontré dans « le charme discret de l’intestin », les humains possèdent d’autres organes pourvus de neurones, comme le coeur et les intestins, à hauteur de ce que nous savons scientifiquement à ce jour.

On ne peut s’empêcher de faire le parallèle avec les chakras et autres zones énergétiques, savoirs ancestraux. Les intestins présentent eux aussi un tissu nerveux très complexe, similaire au tout-puissant cerveau trônant au sommet.

Alors si la nature dote d’un cerveau les êtres de mouvement, n’est-il pas capital qu’ils l’emploient selon sa fonction principale? Ce qui n’est rien d’autre que d’être en mouvement, respectant de fait leur propre nature. Le mouvement joue un rôle majeur dans le bien-être des individus, tant dans sa dimension physique que morale.

Je vais vous tutoyer pour être certain que le message soit suffisamment clair. Lorsque tu bouges, tu fais ce pour quoi ton cerveau existe. Plus tu bouges de manière variée, inhabituelle, nouvelle, différente, plus tu donnes et demandes un autre prisme d’information à ton cerveau. Tout ceci sans pression (à tous les coureurs fous, toujours plus loin et jamais sans la montre connectée), dans la plus grande normalité et dans une expression extraordinaire qu’est la vie.

Le mouvement est un privilège et un plaisir pur qu’il convient d’apprécier au quotidien. Cela a été dit, redit, re-redit mais quand même: le mouvement, c’est la vie.

Non seulement le mouvement est le capital physique du corps, mais il est le fuel des possibilités mentales. Le mouvement est de l’information physique et psychique. Il est la raison d’être du cerveau. Honorez-vous, bougez.

Ci-dessous le TED fascinant de Daniel Wolpert à propos de la raison d’être du cerveau, sous-titré en français. Attachez votre ceinture.

Pour conclure ce texte, une formule d’Aristote: « la Nature ne fait rien en vain ». Non seulement ceci rappelle à l’humilité, mais également que si nous sommes dotés d’un cerveau, c’est avant tout pour bouger.

À tous ceux qui dédient leur vie au mouvement et à la transmission de cette sagesse.

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