Jeûne intermittent et déjeuner

Si nous regardions ensemble l’origine du mot déjeuner, nous commencerions par l’étymologie: (fin XIIe siècle) De desjeûner, de des-, dé-, préfixe qui indique arrêt et jeûne. Littéralement, « arrêter le jeûne », du latin disjejunare, disjunare («briser le jeûne »). Rompre le jeûne. L’origine même du mot sous-tend une période de non-alimentation. D’où notre appétit pour le jeûne intermittent.

Déjeuner en paix

Côté anglophone, même constat. Breakfast: briser le jeûne. Ainsi le déjeuner et le petit déjeuner sont des repas pour rompre le jeûne. Cela laisse à penser qu’il était coutume de jeûner. L’étymologie des mots permet de comprendre comment ils existent. Si nous déjeunons c’est parce que préalablement nous jeûnons. Le jeûne semble initialement un état premier naturel, habituel dans la nature. Ainsi en déjeunant nous rompons le jeune et modifions le comportement alimentaire. Et si cet état était salutaire? Si le jeûne faisait partie de notre bon fonctionnement? Encore faudrait-il définir ce que nous entendons par jeûne.

L’homme n’a pas mangé trois repas par jour tout au long de son histoire. L’abondance de nourriture « facile » est récente à l’échelle humaine. Dans les premières pages du Régime du guerrier, l’auteur remonte aux origines des habitudes alimentaires et explique que l’homme avait une vie très active. Chassant la journée, se nourrissant le soir, après l’activité. Sa survie dépendait d’ailleurs de son activité. Ainsi il n’avait autre choix que de bouger. Cet homme agissait en fonction d’une contrainte naturelle de son époque et de fait, en adéquation avec la nature.

Observons maintenant les habitudes alimentaires dans les anciennes civilisations. Les Romains prenaient trois repas par jour, le plus important étant celui du soir. Les Grecs: trois repas par jour, le déjeuner restant sommaire, le plus copieux est celui du soir. Les Égyptiens faisaient trois repas par jour avec un déjeuner frugal. Les Incas avaient deux repas par jour, l’un frugal en matinée et l’autre, le principal, en milieu d’après-midi. Ainsi ces anciennes grandes civilisations s’alimentaient vraisemblablement plus le soir.

Rapportés à la dépense quotidienne des gens à cette époque, le petit déjeuner et le déjeuner étaient des collations pour maintenir un bon niveau d’énergie et permettre une activité physique soutenue durant la journée. Avec comme repas principal celui du soir.

Premier enseignement, il n’y a rien d’étonnant à trouver adéquat que le dîner soit copieux et s’inscrive comme le repas principal d’une journée. Forme d’aboutissement. Il semble aussi que c’était un moment de réunion et de partage au sein des communautés et des familles. Célébrant le résultat de la coopération.

Au sujet de la digestion tardive qui perturberait le sommeil, principale objection à un solide diner, il convient surtout d’observer la qualité de ce qui est ingérée plutôt que la quantité. Dormir le ventre plein, du sommeil du juste suite à une bonne activité quotidienne nous semble naturel et agréable.

Autre enseignement qui fonde une différence majeure, ces civilisations anciennes (et les hommes avant elles encore plus) étaient actives. Autrement dit la dépense énergétique quotidienne était conséquente et pouvait justifier une alimentation échelonnée, d’autant plus que les populations développées en avaient la capacité.

Les hommes d’avant la révolution et le développement agricole n’avaient pas ce luxe. Cependant cela ne semblait pas poser de problèmes physiologiques à ces chasseurs-cueilleurs aguerris. Au contraire: le passage de la chasse-cueillette à l’agriculture ne s’est pas fait sans accroc. Au départ des carences ont été révélées chez les premiers éleveurs, si bien que l’espérance de vie aurait même diminué à ce moment-là.

Si la révolution agricole a assurément permis l’accroissement des populations en nombre, d’un point de vue physique le développement est autre. D’autant que poussée à l’extrême, nous savons au XXI siècle que l’agriculture de masse, si elle permet à un grand nombre de vivre, s’appauvrie en qualité dans un premier temps, pour ensuite éventuellement engendrer des pathologies. Sans parler de la transformation des aliments.

Nous en arrivons à la conclusion habituelle selon laquelle il faut raison garder: les développements et progrès sont des opportunités formidables et ce qui est sain et salutaire ne doit pas être nécessairement remplacé. En fait, une telle qualité doit être chérie et préservée. « Réformer ce quil faut et conserver ce qui vaut » résumait le Premier ministre britannique Benjamin Disraeli. De quoi déjeuner en paix, du moins en connaissance de cause.

Pour rester en Suisse pour ceux qui auront la référence musicale, nous vous proposons ce court article du temps sur les habitudes alimentaires à travers les âges

Jeûne intermittent

Lorsque nous parlons de jeûne, nous parlons principalement d’une période de non-alimentation de 16 heures par journée de 24 heures. Temps moyen réputé d’un cycle cellulaire chez l’humain. Il s’agit du jeûne intermittent. Selon cette définition, les Incas par exemple pratiquaient le jeune intermittent. Nous pourrions aussi évoquer les périodes de jeûnes pratiquées dans les différentes religions.

Dans un monde où la nourriture est omniprésente, à profusion, ce qui est le cas dans les pays dits développés, inutile de vous dire que personne ne souhaite vous voir jeûner. Nous devons aussi distinguer l’Orient et l’Occident. En effet, l’alimentation y est fondamentalement différente. Bien que l’omniprésence et la profusion soient des faits tant au Japon qu’aux États-Unis, la qualité de cette dernière pour l’organisme humain est sans comparaison. La règle est assez simple, plus les aliments sont transformés, plus ils sont délétères.

Pour être clair, s’abandonner à la tentation gustative dans la rue en Asie n’aura pas les mêmes effets qu’en Amérique du Nord. Ainsi donc, il y a des zones dans lesquelles prendre l’habitude de succomber à la tentation peut avoir des conséquences néfastes sur le long terme. Dans celles-ci, le jeûne sera d’autant plus crucial. En effet, il permet le nettoyage de l’organisme et plus précisément des cellules qui le composent. Cette idée est reprise sur une base scientifique dans l’article consacré à l’autophagie, objet du prix Nobel de médecine 2016 que nous vous invitons chaudement à lire à ce stade.

Continuons à mener cette réflexion en fonction de notre expérience, celle du jeûne intermittent depuis plus de dix ans. Le grand intérêt de cette pratique est qu’il permet précisément de déjeuner selon son sens premier. Il respecte l’observation d’une période de non-alimentation, salutaire aux cellules qui nous composent, pour donner lieu ensuite à une phase d’alimentation. Le jeûne intermittent est une différence fondamentale entre le régime du guerrier et le régime paléo notamment.

Aussi, il nous semble tout à fait intéressant de considérer l’aspect énergétique. Ingérer et digérer la nourriture demandent de l’énergie. Cette énergie allouée aux processus naturels ne pourra être recrutée pour accomplir autre tâche. Une fois l’habitude comportementale dépassée (avoir faim systématiquement à une heure précise par exemple), un état de jeûne pourrait donner plus de ressources disponibles à la réalisation. Être plus alerte, avoir une meilleure capacité de concentration, plus léger physiquement, plus vif, etc.

La faim psychologique est probablement la plus grande limite au jeûne intermittent. Avons-nous faim parce que nous nous sommes dépensés ou par habitude? La plupart du temps, jeûner quelques heures n’est pas avoir moins d’énergie mais permettre à son corps d’en allouer plus aux choses fondamentales.

Ceci est bien sûr à mettre en perspective avec vos besoins énergétiques. Avant un effort long, relevant d’une forme d’endurance, cette réflexion serait une erreur. D’autre part, le cerveau est un grand consommateur d’énergie, donc attention aux longues journées cérébrales. Comme toujours, il est question de dosage et d’adaptation. Ce qui reste propre à chacun.

Une question que nous recevons fréquemment: est-il judicieux de s’entraîner à jeun? Nous y répondrons dans un prochain article. Pour nous comme pour beaucoup, le jeûne intermittent se mit en place de manière naturelle. Se documenter sur le sujet, échanger sur la pratique, fût une aide précieuse pour effectuer ses propres réglages sur le chemin de la connaissance de soi-même.

En matière d’alimentation et pour votre santé, il n’est pas judicieux de sauter brusquement d’un régime à un autre. Nous entendons par régime simplement la manière de s’alimenter. Aller vers le jeune intermittent est un cheminement volontaire, responsable et réfléchi auquel l’organisme doit s’adapter. En attendant et aussi parce que le jeûne intermittent peut ne pas être adapté pour tout le monde, nous avons réfléchi à ce que serait le meilleur régime.

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ISABELLE
19 septembre 2020 12 h 46 min

Quand je parle du jeûne intermittent ou de la warrior diet, la majorité des personnes refuse cette idée. Les croyances sont bien ancrées et comme vous le dites si bien La faim psychologique est probablement la plus grande limite au jeûne intermittent. Toutes sortes d’excuses sont trouvées : carences, incohérence avec ce qui nous a été inculqué, estomac surchargé le soir… Je dirais surtout que la discipline sur soi-même fait plus peur qu’une semaine de travail à 50 h… Volonté, discipline, honnêteté, au temps des romains c’était le quotidien… Cela fait 8 ans que je suis dans cette nouvelle vie… Lire la suite »