Zone de confort, la plus grande erreur

L’inconfort, comme la discipline, peuvent être des concepts bienveillants en ce sens qu’ils sont la voie de l’apprentissage. Selon l’approche et les objectifs, ils sont des outils pour les réaliser. Nous verrons l’importance de taire la peur de sortir de la zone de confort, et la discipline que cela implique.

Les gens ont un sentiment assez extrême dans leur esprit lorsqu’il est question d’exercice physique. D’entrainement. Ils ont peur de vivre une situation d’effort. Il s’agit d’éviter à tout prix ce moment inconfortable. Ils pensent que quel que soit le type d’exercice ce n’est pas pour eux. Ne pas transpirer (pourtant Transpirer = bon pour la santé). Ne pas forcer.

Cette croyance est valable lorsqu’on ne connaît pas le sport, qu’on ne pratique pas le mouvement. Autrement dit, lorsqu’on n’est pas en forme. En effet, une fois en forme, on trouve le temps et le moyen de bouger. Et ce de manière très simple: en reconnaissant les bienfaits que la pratique nous apporte.

Dès lors la réflexion passe de « je ne veux pas transpirer, je ne veux pas vivre un moment d’effort », à « je ne vais pas me sentir bien aujourd’hui si je m’entraine pas ». Je ne vais pas être relax, serein. Mon appréciation des choses ne sera pas la même. Lorsque je fais l’essentiel pour moi, je prends soin de moi par l’entraînement physique notamment, je peux prendre les choses pour ce qu’elles sont et non pour des distractions supplémentaires ou des charges.

Éviter de sortir de sa zone de confort est à la fois naturel et illogique. Quand on observe les accomplissements, les progrès, les obstacles à surmonter, tous sont connectés à l’inconfort. Ainsi en ce sens, l’inconfort est votre ami. Sortir de la zone de confort, bien qu’expression désagréable, parfois intempestive, parfois à la mode, est bienveillante.

Certaines situations inconfortables de la vie, certains sentiments, sont des motivations profondes pour entraîner le changement. Pourtant notre instinct est d’éviter celles-ci. Plutôt s’assoir dans le canapé et regarder une émission TV stupide. Étrange.

Quand les gens s’entrainent de manière consistante, quand ils deviennent sérieux et rigoureux sur leur pratique et qu’elle devient la routine, ils peuvent sentir un momentum. Une force qui les pousse à avancer. Un bon entrainement vous rend plus fort. Vous attendrez déjà le prochain avec impatience. La résistance mentale à la production de l’effort devient faible. La motivation et la discipline deviennent plus fortes. Ceci s’amplifie grâce à la consistance. Faites de la consistance une habitude.

Éviter un entrainement, sauter un exercice, esquiver un mouvement, n’est pas simplement néfaste physiquement, mais aussi mentalement. Cela laisse une échappatoire possible. Vous l’utilisez une fois, vous l’utiliserez probablement encore. Alors vous obtenez des résultats médiocres dans cet aspect de votre vie. Mais comme nous le savons, le cerveau ne s’embarrasse pas avec ce genre de distinctions. Il comprend les résultats, pas les domaines. Cela peut donc potentiellement affecter les autres parts de la vie. Cette option de s’échapper, vous pourriez la choisir à nouveau lorsqu’elle se présentera dans votre business, travail, responsabilités. Éviter les conflits, repousser les décisions. Cette disposition à s’échapper forme aussi un momentum. Le pendant de la discipline.

Notre corps peut être comparé à une voiture de course. Nous pouvons y ajouter des pneus taillés pour notre conduite. Nous pouvons ajouter des suspensions améliorées. Augmenter la puissance du moteur. Etc. Tout cela vous pouvez le faire vous-mêmes. Mais vous pouvez aussi choisir de ne rien faire. Avoir un corps laisser à l’abandon, et qui nécessairement va se dégrader. Les personnes qui ne se tiennent pas en forme observent les capacités physiques de leur corps diminuer et elles pensent que ceci est inévitable. « C’est normal, je vieillis. C’est comme ça ».

Non. Ce n’est pas ainsi. Cela ne l’a jamais été. Certes nous ne vivons pas éternellement, mais du temps qui nous est donné sur cette terre, allons-nous en tirer le meilleur? Est-ce le plus joyeux et agréable possible?

Cette étrange résistance à l’effort et à l’inconfort immédiat, part de notre conscience collective, est responsable de la dégradation de notre écosystème. Si tout humain recherche le plaisir par nature, il n’est pas dit que le plaisir se trouve dans le confort. Immédiatement, cela pourrait paraître. Un joli leurre dont le marketing a su s’emparer, poussé par des prérogatives de croissance bornée. Dans l’article « accepter l’inconfort » nous citions Jean Cocteau:

« Vous avez le confort. Vous n’avez pas le luxe. Et ne me dites pas que l’argent a quoi que ce soit à y voir. Le luxe que je prône n’a rien à voir avec l’argent. Il ne s’achète pas. Il est la récompense de ceux qui n’ont pas peur de l’inconfort. »

zone de confort
Krabi, Nong Thale, « montagne de la crête du Dragon »

L’entrainement physique comme la stimulation de l’esprit, est nécessaire au bon fonctionnement de l’écosystème corps-esprit. Ce n’est pas parce que nous n’avons, apparemment, pas besoin de le faire, du moins dans un futur immédiat, que nous n’avons pas besoin de le faire. L’impact à moyen terme est indéniable et au long terme ce n’est plus un impact mais un résultat d’une vie bien différente.

Le bon fonctionnement de l’écosystème corps-esprit donne à son tour la santé. La santé est l’adaptabilité. La capacité du corps et de l’esprit à s’adapter à toutes situations et à vivre le mieux possible en ces conditions. N’est-ce pas là une belle forme de liberté avant de rejoindre la douce nuit? N’est-ce pas une bonne utilisation du temps imparti?

« Si l’argent est le seul espoir que vous ayez pour être libre, alors vous ne serez jamais libre. La liberté d ’un homme dépend de ses connaissances, de son expérience et de ses capacités. » Henri Ford 

Le « momentum discipline » pose les bases d’un cercle vertueux. Les bonnes dispositions pour affecter positivement vos pensées, vos actions, et ainsi votre environnement. Et ainsi de suite.

Avant de conclure, un instant d’étymologie. Discipline du latin disciplina, dérivé de discipulus «disciple», lui-même venant de discere «apprendre». Ah bon. Apprendre. Mais nombreux sont ceux qui reconnaissent volontiers qu’apprendre, et apprendre à apprendre est le sens de la vie. Se pourrait-il qu’il soit étroitement lié à la discipline? Continuons du côté de la Grèce, par exemple, avec les propos d’un philosophe canadien.

Le terme disciplina est latin, il exprime le désir d’apprendre (discere), mais le concept est grec: c’est celui de l’effort, askêsis, ce qui explique sans doute pourquoi la discipline est aussi une règle de vie, comme dans le vocabulaire monastique. Par rapport à ce lexique de la formation de soi, la notion de discipline scientifique représente un usage métonymique: étudier la discipline de la physique n’est jamais que l’exemple d’un effort pour accéder à la discipline, à la maîtrise d’un savoir particulier, et la même chose vaut pour les disciplines des arts et du sport. (Georges Leroux, Entretiens, propos rapportés par Christian Nadeau, Boréal, Montréal, 2017, p. 221).

La discipline est l’outil de l’apprentissage. Ainsi, si vous choisissez d’apprendre ce que vous aimez, elle n’est plus une corvée à éviter mais un vecteur bienveillant. Un allié qui vous aide à cheminer en dehors de la zone de confort. Un ami qui vous donne son élan et sa pérennité. La discipline est le secret, le miracle après lequel tout le monde court.

La plus grande erreur n’est pas d’être dans sa zone de confort, mais de croire que d’en sortir est néfaste. Ce qui revient in fine à faire en conscience, à répétition, un mauvais choix. Qui est à l’opposé de l’excellence. La discipline de l’esprit est alors l’impulsion nécessaire pour franchir la bulle de la zone de confort et s’ouvrir à l’aventure de la vie.

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