Journal de Koh Lanta Muay Thai

Je partage avec vous le journal que j’ai tenu durant mon entrainement Muay Thaï sur l’île de Koh Lanta en Thaïlande. État d’esprit, fatigue, blessures, motivation, dépassement, émotions, rencontres. Aperçu de ce qu’est l’entrainement  au paradis et ce que vous pourriez expérimenter avec moi sur place. 

Journal de Koh Lanta

Arrivée et jour 1 

Accéder à l’île de Koh Lanta est un long voyage. Avion, bus, avion, voiture, bateau… je dors debout en arrivant. Je rejoins le camp à la nuit tombée, manquant de marcher sur un scorpion à la descente du taxi. 

Seule la jungle est éveillée. On me montre ma chambre. Je traverse l’espace d’entrainement pour la rejoindre: regain d’énergie instantané. Elle est située à côté de mes futurs coachs thaï. Il n’y a personne.

Je fais le choix de ne pas séjourner dans l’hôtel au-dessus, associé au camp d’entrainement. C’est un bâtiment moderne et très confortable avec une superbe piscine à débordement qui donne sur une nature luxuriante. Pour s’imprégner et apprendre profondément, quoi de mieux que de vivre comme les locaux?

S’auto-piéger pour s’assurer de ne pas succomber à la tentation et rester dans les bonnes dispositions d’apprentissage. Littéralement, je dors dans le gym. Il n’y a plus d’échappatoire, pas de distraction. C’est là, maintenant, tout le temps. 

Premier entrainement 

La première journée d’entraînement après le voyage est compliquée. Le périple malmène le corps physique mais ce n’est pas le pire. Je veux parler de la chaleur. Cette chaleur humide. Je ne souhaite pas regarder la météo ni la température. Je ne sais pas combien il fait et ne veux pas penser à cela. Il fait chaud. Pour les autres aussi.

La différence est que mon corps vient de l’hiver et il n’est pas prêt pour une transition si brusque. Ce matin je fus contraint de ralentir plusieurs fois: je sentais qu’augmenter le volume me ferait vomir, voire perdre connaissance. Le rythme cardiaque est resté anormalement élevé. Je connais tout cela. Gérons. Laissons le temps de s’adapter. 

Je perds une quantité d’eau hallucinante. Des litres à chaque session. 

L’entraînement du soir est plus difficile techniquement. Il y a des combattants, on attaque sans cérémonie: sparring, clinch. Pas brilliant à mon sens, pourtant on me propose de combattre dans quinze jours. 

C’est parti pour deux mois à raison de deux sessions d’1h30 par jour. J’espère que je ne me suis pas trompé dans la notion du temps. Quelle  intensité.

Jour 2 et 3 

Le corps déjà meurtri après quatre entraînements, il faut se réhabituer à l’intensité, et tenir la distance! Étape par étape, tout d’abord s’acclimater, gérer le stress de la chaleur et de la déshydratation.

La première expérience m’aide beaucoup. Je sais que je peux le supporter. Je voudrai fixer une caméra en troisième oeil que vous compreniez: ce matin en faisant les pompes c’est plusieurs cl d’eau à chaque impulsion que je perds, faisant pleuvoir sur le sol. À la fin de la série c’est une flaque sous mon torse. Cela fait quinze minutes que nous avons commencé. Il reste 1h15. Cesser de penser. C’est celui-ci le plus grand entraînement. 

Des douleurs se font déjà ressentir, aussi légères que désagréables. Alors on doute. Qu’est-ce que je fais la? Comment tenir ce rythme de combattant pro sans l’équipe et les soins qui vont avec? Je connais ces douleurs. La plus détestable est celle qui me fige les cervicales.

Venu pour m’isoler, méditer, travailler au calme tout en m’entraînant, je n’ai même plus d’énergie après la première session du matin. Le volume est monté d’un cran en attaquant directement avec deux entraînements par jour. Pour garder un rythme convenable dans mon travail je vais devoir instaurer une routine. Il sera trop tentant de sauter un entrainement ou ne pas accomplir les tâches et objectifs que je me suis fixés. 

Niveau entraînement les automatismes reviennent très vite. Je n’avais pas remis les gants depuis le Brésil soit trois mois. J’ai fait un bon sparring hier soir. Bons réflexes, bonnes réactions.

Ce matin le pao avec Kru Aek aka Papa Muay Thaï était bien meilleur. Les kick commencent à rentrer forts et fluides. Le déplacement n’est pas encore terrible à mes yeux. Lourd, incertain. J’ai peur de raccourcir la distance. Je crains les coudes et les genoux. À juste titre. Patience. 

Jour 3 et 4 

Peu de repos, je travaille une bonne partie de la nuit. Moins de cinq heures de sommeil avec ce genre d’entraînement, se paiera. Les muscles ont besoin de récupérer plus longtemps lorsqu’on les sollicitent ainsi.

Étrangement je me réveille presque en forme. J’ai de l’énergie. Les coachs m’attendent. Ce matin j’eus le droit de passer en premier au pao. Honneur au Muay Thaï. Le champion en premier, et comme il n’est pas là… Je suis encore loin d’un compétiteur aguerri mais le pao se donne bien ce matin. Je change de Kru, un combattant plus jeune, il va vite, je puise dans son énergie. La journée commence bien. 

Étirement à la fin de l’entraînement: je constate que je rentre presque parfaitement le grand écart, facial comme latéral. Le climat chaud aidant, les muscles se détendent mieux. Je parviens aussi à mieux récupérer. Telle une danse, les arts martiaux sont un savant mélange de contraction et de relaxation. Un dosage de fluidité et d’explosivité.  

Malek

Et puis j’ai rencontré Malek, un Tchécoslovaque qui ressemble à un gros nounours. Le jeune papa sympa du haut de ses 26 ans. La bonne gueule, marrant, limite petite bouée. Sauf que quand je l’ai vu rentrer le premier middle et envoyer le coude sur le pao… Il n’est pas si marrant Malek finalement.

On a beau le dire et le redire mais ne pas se fier aux apparences reste un bon conseil. L’habit de fait pas le moine. Rarement vu une telle puissance.

Malek m’apprend qu’il est venu pour des vacances en famille mais qu’il s’autorise un petit combat la semaine prochaine. D’accord. 

Le soir nous allons ensemble assister aux combats de muay Thai au stadium. Nous voyons 6 combats, 3 ko. D’accord. Il y a de tout: des combattants expérimentés, des techniciens, des débutants. C’est un joyeux bordel. Mais tous, enfants comme adultes envoient les coudes et les genoux. Avec l’adrénaline, on ne sent plus rien, comme libéré de la machine mentale, l’intellect qui pense, analyse, estime. Maintenant les coups pleuvent alors on bloque, on renvoie. On combat.

Le lendemain j’aurai la chance de faire un sparring avec Malek. Combattant expérimenté, plus lourd que moi. Les Kru thaï disent que je peux combattre sans problème. Quelle est la part de sincérité et la part de promotion pour le camp? Quand Malek me le partage par contre, cela sonne différemment.

À mon sens, les arts martiaux, l’art du combat sert à se défendre d’un ou plusieurs attaquants lorsque la situation l’exige mais jamais en premier lieu à se mettre dans cette position où vous allez devoir vous défendre. Toujours éviter l’affrontement. Ce qui n’est pas le cas lorsque vous montez sur le ring.

Bien plus qu’un sport à mes yeux, les arts martiaux représentent la forme la plus aboutie du mouvement humain. Un art noble qu’il faut respecter et utiliser à bon escient. Ceci étant dit un combat est une expérience unique dans une vie. 

Jour 5 et 6 

Ce dimanche se tiennent des élections en Thaïlande. Aucun alcool ne pourra être vendu de 18h le samedi à 18h le dimanche, le temps du vote. Probablement pour pouvoir faire un choix clair et lucide… jour de repos forcé. Pas d’entrainement aujourd’hui. Pourtant mon corps réclame, il trouve étrange de s’arrêter en si bon chemin. 

Alors que je dévore mes plats quotidiens dans une petite cuisine locale, coupure d’électricité. Sur Koh Lanta elle annonce un orage et de la forte pluie. Je termine mon diner aux chandelles avec mes pensées et repars en scooter avant de recevoir un déluge sur le coin du nez. Il a plu à torrent deux heures durant. Les rues ont été ravagées.

Le soir je dois bosser, je dors peu. Nous sommes lundi matin et cette fois le corps n’a pas envie, les jambes sont lourdes. 

Reprise de l’entrainement avec le doute du bienfait de la pause. Je passe au pao avec tous les kru, ils commencent à apprécier mon muay thai, et moi aussi. Je prends du plaisir. Le dernier round se déroule avec un fou furieux «same than fighting, same same», j’ai nommé mon ami Kru Art.

Avec lui j’apprends beaucoup sur le rythme du combat mais je suis brulé au bout d’une minute dans le 3ème round. La mauvaise nuit? l’intensité? Probablement les deux.

En attendant Malek commence à courir. Il a l’air en forme le bougre. Nous verrons cela ce soir.

Jour 7 et 8 

Une semaine déjà et premier bobo. Apparemment j’ai une infection à un orteil: l’ongle rentre dans la peau quand je frappe avec le pied droit. Conséquences gênantes et à surveiller car en Thaïlande le climat est propice au développement d’infections sérieuses. Antibiotique et anti-inflammatoire au menu. Je suis ravi.

Je passe en mode surveillance accrue et dois diminuer l’intensité tout en continuant l’entrainement. Il faut écouter les signaux du corps. 

Jour 9 et 10 

Entraînement matin et soir. L’orteil n’est pas beau le matin, mieux le soir. L’infection semble perdre du terrain. Je me baigne le pied trois fois par jour dans le vinaigre. Excellent remède de grand-mère qui semble plutôt bien fonctionner. Je m’entraîne à 60%, pas de coup de pied jambe droite… et dois éviter le sparring, « bor-ring »!

Le soir je dine avec Didier, un Français à la retraite que j’ai rencontré sur l’île au détour d’un restaurant. On plaisante beaucoup. Une bonne nuit de sommeil et le mode récupération s’accélère.

Demain, Malek combat. Lui aussi a un bobo. Il s’est entraîné tout doux aujourd’hui, et une seule fois. Il doit être sacrément confiant en ses aptitudes de combat Malek parce qu’il reste très calme, et c’est demain. 

Aperçu de l’entraînement :

2 sessions de 1h30 / jour. 6 jours / 7.

  • échauffement 20 min, shadow puis pompes / abdos
  • techniques sur le sac / pao 3 rounds 
  • sparring ou retour au sac pour des exercices
  • pompes / abdos / gainage / étirements sur les 15 dernières minutes

En moyenne 160 à 200 abdos par jour, une centaine de pompes, et ce n’est que  l’apéro. Au pao 3 rounds de 3 minutes en général. 3 rounds de sparring ensuite. Et quelques rounds sur les sacs. 

Ce soir se tient le combat de Malek. Un match assez impressionnant contre un thaï grassouillet que je n’aurai pas aimé affronter ni maintenant, et surtout pas 10 ans auparavant vu la qualité technique du bonhomme. Sauf que Malek n’en est pas à son premier rodéo. Le thaï grassouillet ira au tapis au 3ème round après un terrible crochet à la mâchoire, il ne se relèvera pas. 

Journal de Koh Lanta
Malek après la victoire
Jour 11 et 12 

L’entraînement est difficile en fin de semaine. Le corps est fatigué. Demain je ferai une nouvelle pause, d’autant que l’orteil est toujours sensible. Je ne peux toujours pas utiliser ma jambe droite. L’expression prendre son mal en patience. 

De ce fait je travaille plutôt bien. Les projets avancent et je lance le VCLP store pour financer et supporter le blog. Il y a un coût à tout cela et j’aimerai par les ventes du store, l’amortir. Je suis content de la qualité des produits. J’aimerais vendre principalement du digital par la suite pour minimiser mon impact et trouver une collaboration pour du vêtement recyclé. 

Le store avec les articles physiques est en place. Viendront ensuite les photographies et puis du contenu numérique. (tout est en ligne aujourd’hui sur la boutique VCLP).

Routine

Sur le long terme, l’efficacité réside dans les habitudes, une routine. J’ai trouvé la mienne: levé entre 7 et 7h30 selon la fatigue. Méditation, auto-massage ou bain de pieds. 8h30 entraînement. 10h étirements ou quelques brasses. Travail jusqu’à midi.

Adaptant mon régime en raison de l’intensité et fréquence de l’entrainement, je fais une collation vers midi. Léger, il faut remettre le couvert à 16h… une portion raisonnable (pas comme d’habitude) de riz et œufs ou poulet avec papaye, carotte et autres fruits et légumes. Je me gâte parfois en dessert avec une petite portion de riz gluant à la noix de coco cuit dans une feuille de banane. Un délice. Ensuite j’engloutis un ananas ou des bananes. Je bois au moins 1,5 litre d’eau à ce moment. Et malheureusement les antibiotiques pour ne pas risquer d’infection avec mon orteil.

Sieste de 20min ou méditation. Travail de 13h à 16h.

16h entraînement numéro 2. 17h30 étirements / piscine et encore 1,5 d’eau.

Enfin il est déjà l’heure du couché de soleil qui est chaque jour une splendeur naturelle sur l’île de Koh Lanta. Difficile de le rater, vraiment. Je m’autorise une noix de coco et 1,5l d’eau.

Le soir je suis resté en mode régime du guerrier, je prends des noix et des bananes après l’entraînement et commande trois plats à la cantine, que je termine au grain de riz près, au plaisir des cuisinières et cuisiniers. Comme l’an passé, c’est devenu le running gag quand je commande mes trois plats, seul! Sans oublier 1l d’eau. 

Jour 13 et 14 

Une nouvelle semaine commence. Mon orteil va un peu mieux, j’ai terminé les anti bio… à suivre. Je m’entraîne toujours deux fois mais doucement, sans utiliser mon pied droit. 

Didier

Réflexions avec Didier, français que j’ai rencontré dans un petit restaurant thaï.

Didier est dans la soixantaine, à la retraite. Il parcourt le monde et passe une partie de l’hiver en Thaïlande, souvent à Koh Lanta. Sa famille le rejoint dans quelques semaines mais lui, comme il a du temps, il l’emploie et voyage seul.

Didier a travaillé assez jeune et toute sa vie. Le moment de la retraite sonné, il est parti employer son temps restant comme bon lui semble, en l’occurrence en voyageant simplement, à l’aventure. Il me fait plaisir de voir cette curiosité conservée guide des actes d’un retraité.

En effet il est fort triste lorsqu’au contraire des gens travaillent toute leur vie pour un projet qui n’est pas le leur et qui, lorsqu’ils en sont affranchis par l’âge de la retraite, n’ont pour eux-mêmes aucun projet et parfois peu de temps à vivre. Nous sommes alors bien loin de la notion d’accomplissement. 

Didier a échangé son temps contre de l’argent pendant la plus grande partie de sa vie mais par sa curiosité et un esprit qui a su rester jeune, il peut maintenant profiter de sa plus grande richesse: le temps qu’il lui est encore offert. 

Jour 15 et 16 

Quinze jours d’entraînements. Le corps est fatigué et ce n’est que le milieu de la semaine. Je ne sais pas bien comment celle-ci va finir. Et toujours sans pied droit. Par conséquent nous faisons beaucoup de sparring en anglaise.

Il faut savoir que Lanta muay thaï academy dispense un entraînement très physique comparé aux autres camps que j’ai pu explorer. Non seulement nous pratiquons le muay thaï mais en plus, nous faisons du renforcement musculaire.

L’académie s’est offert les services de Slava, un personal trainer Russe très compétent. Dès le deuxième ou troisième entraînement nous passons du temps à s’entretenir de l’importance de renforcer le bas du dos par exemple au lieu de faire des abdos. Il prend le temps d’expliquer les choses, adapte les exercices aux muay thaï. Les pratiquants comprennent ainsi ce qu’ils font et pourquoi. 

Journal de Koh Lanta
Slava

Neuvième entraînement sans jour de repos, avec le sourire et la fatigue. Un hématome à la cuisse me rappelle que le corps n’est pas encore endurci. Et cet orteil qui ne guérit pas… 

Je transpire beaucoup moins, le corps s’acclimate petit à petit. Ainsi je me déshydrate moins. Je me sens plus relaxé. En bonne voie. Les veines commencent à apparaître et les muscles redeviennent très saillants, découpés. La belle énergie arrive.

Sur la balance on est déjà passé sous les 69kg alors que mon poids régulier avec un entraînement quotidien « classique » est autour de 74kg. Un grand changement pour le corps. Il faut que l’esprit suive.

L’entraînement du samedi, soit les sessions 10 et 11 de la semaine, se passe plutôt bien. Sur conseil des combattants présents, j’ajoute des minéraux type électrolyse à l’eau pour mieux hydrater et récupérer correctement. 

Jours 17 et 18 

Jour de repos plus que bienvenu. Ce plaisir simple de se reposer vraiment. J’en profite pour avancer sur le projet VCLP en peaufinant la mise en ligne du magasin. Je passe un cap dans ma connaissance du web development.

Nous travaillons sur un partenariat avec Lanta muay thaï academy afin de faciliter l’accès et l’entraînement chez eux aux lecteurs de VCLP. Je commence à imaginer un stage dans une approche plus mouvement que muay thaï, et complémentaire.

Après une demie-journée de travail plaisant, je pars explorer une île. Un dimanche à Koh Lanta.

Teresa

Teresa fait partie des rencontres qui comptent. Comme Malek, Teresa est une combattante de l’école Lanta muay thaï academy. Tchèque elle aussi, elle est arrivée la première fois au centre avec la modique somme de 105 kilos sur la balance. 

Lorsque je la rencontre elle prépare son 10ème combat, et ce à 65kg! Son objectif est de 30 combats comme celui de perdre du poids durablement, suite à quoi elle souhaite enseigner le muay thaï et transmettre son expérience. Amen.

Une sacrée nana du haut de ses 24 ans. Teresa a déjà eu plusieurs vies, elle a été dans la rue, elle a connu beaucoup de galères mais aussi beaucoup de bonheur dans la simplicité. Elle me confiera que le Muay Thai est en train de lui sauver la vie. Je comprends très bien cela. Chapeau Madame. 

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Kru Art, Teresa, Kru Aek et moi après l’entrainement
Jours 19 et 20

Le repos n’a pas suffi, reprise de l’entrainement entamé et toujours sans pied droit. C’est long, et je commence cette fois à douter. Plusieurs fois on m’a suggéré d’aller me faire opérer. Ayant évité les risques d’infection avec les antibiotiques, je crois fermement en la capacité de mon corps à se soigner et se régénérer seul. 

Jours 21 et 22

Jour 21: pas d’amélioration notable. J’arrête de toucher à l’orteil. Je cesse d’y penser et laisse les choses se faire, persuadé que je vais guérir. 

Jour 22: je me lève, la douleur est absente. J’observe: la peau s’est endurcie, il n’y a plus de manifestation de l’inflammation! Grande joie. Je gambade vers l’entrainement joyeux comme un pinson et commence doucement à redécouvrir l’utilité de cette jambe droite. Tu m’as tant manquée toi tu sais! Bonheur. Je reprends le mouvement avec une nouvelle force et un sourire lumineux. 

le retour de la jambe droite
Jours 23 et 24

La puissance revient, le moral au sommet. Je me sens bien, aucune douleur, je vole sur le ring et les matelas, retrouvant toutes ces belles sensations. Les pensées changent, grand soleil. Du plaisir à l’état brut tiré de la reconnaissance de la simple chance que nous avons d’exister, de bouger.

Léger, un sourire qui ne diminue pas. Une force interne fraiche irradie de mon être alors que physiquement le corps est fatigué. Vivent joie et gratitude, forces positives. 

Jours 25 et 26

Songkran: nouvel an bouddhiste. Je travaille le matin et suis mes Kru le reste de la journée pour un grand moment de culture et d’ébriété. À noter que l’évènement est beaucoup plus calme que dans le nord de la Thaïlande, avec par exemple Chiang Mai qui connaît chaque année cinq à six jours de fête d’une intensité rare, paralysant la ville et les environs. Pour comprendre cette ferveur je vous invite à lire mon article sur mon aventure dans le centre et le nord de la Thaïlande

Nous sommes le 13 avril, bonne année ! 

JourS 26 / 27 / 28 / 29 / 30

La dernière ligne droite avant la pause. Je n’ai plus d’explosivité tant je suis fatigué. Le corps commence à se cannibaliser en puisant dans toutes les réserves qu’il peut, y compris les muscles superflus. Je sèche à vue d’œil. De plus en plus décontracté au pao, cette attitude devient intéressante. La technique rentre. Le bémol reste une forme de surentraînement ou un manque de récupération efficace, prenons-le dans le sens que nous voulons. La pause devrait être salvatrice. Hâte de tester ces nouvelles aptitudes à corps reposé! 

Jours 31 / 32 / 33 / 34 / 35 / 36 

Six jours d’administratif. Je me rends à Phuket, capital thaï du vice où je dois obtenir un visa pour la chine et prolonger mon autorisation de séjour en Thaïlande. Pas exactement un endroit ni une activité que j’apprécie. Le bourdonnement de la ville, ses effluves malodorants, un trafic dense. Vivement que je reparte.

Il est intéressant de noter à quel point les visas sont problématiques dans la vie du voyageur aventurier. Il faut se délester de son passeport, payer des sommes substantielles, sans pour autant savoir combien de temps nous serons immobilisés.

Je suis donc bloqué en ville. Je lis « Dans les forêts de Sibérie » de Sylvain Tesson (merci Françoise) qui prône l’ermitage. Très en phase avec ces propos, je dévore ce petit livre et me surprends vagabondant sur un cheval dans les steps de Mongolie. 

Cette situation en ville, par cet instant, m’est très inconfortable. Vivement le cher papier et la reprise de l’entrainement. Et dire que j’en aurai un autre à faire de visa… En attendant, j’ai du travail: de l’écriture et la préparation de la suite du voyage, la Chine pour y découvrir le Kung Fu Shaolin et d’autres merveilles. 

Je parvins à me retrouver dans les quartiers habités uniquement par des locaux, loin du bruit et de la futilité de Patong. Lorsque je cours en fuyant la ville, les gens me saluent, les enfants me suivent à vélo. Dans toute expérience il y a du bon. 

Visa Chinois en poche, je reprends le premier bateau pour le calme de mon île, direction l’entrainement. J’ai hâte.

JOURS 37 à la fin 

De retour, bien heureux. Cette expérience à Phuket m’a permis d’avancer mes projets de travail et de voyage. Ainsi je pars en Chine m’entrainer au Kung Fu juste après la Thaïlande. L’idée est d’intégrer un temple shaolin. Je n’ai jamais fait de Kung Fu et je ne sais pas où je vais, bien entendu. En attendant, ce fut partir pour mieux revenir.

Ces six jours à l’extérieur me rappellent la chance que j’ai d’être ici et de profiter du moment présent pleinement. 

Journal de Koh Lanta 

Je perds alors la notion du temps et cesse de tenir le journal. Je vis au fil des entraînements, avec le Soleil, au gré des averses, avec les coach thaïs. La saison des pluies arrive. 67kg sur la balance, pourtant arrivé léger et athlétique à 72. Une transformation physique comme psychique.

Désormais le matin je me lève avec le soleil. Parfois nous allons courir à la fraîche avant l’entrainement pour activer le corps en douceur et entreprendre une récupération active. 

Enfin je m’assieds, j’écoute les Thaïs plaisanter. Au milieu de mes entraineurs, je me sens bien. Réussir à ne rien faire, cela faisait si longtemps. 

Mon énergie est fantastique. Des combattants de l’île viennent le soir au camp pour s’entrainer avec moi. J’en suis honoré. J’apprends beaucoup d’eux. Certains resteront des amis. 

Le soir je prends du temps pour transmettre. J’entraîne les enfants et en profite pour leur apprendre un peu d’anglais. 

Journal de Koh Lanta

DÉPART

Tout ceci nous mène au jour du départ. Le 58ème. Je voudrais partir avant l’aube, que le camp se réveille sans moi. Partir comme je suis venu, sans bruit. Impossible. Il y a eu tant de sueur, de rires et de larmes entre temps. Tant d’efforts, de travail accompli. D’évolution.

Comme à l’habitude dans ces aventures je me suis retrouvé dans l’authenticité, avec des gens vrais qui m’ont enrichi par leur nature. Précisément ce que je recherche dans mes voyages et aussi ce qui va droit au cœur. Pourtant il faut partir. 

Je fais le maximum pour rester occupé et ne pas penser aux émotions qui montent mais il est temps. Nous avons le cœur gros. Sans m’éterniser j’étreinte mes entraîneurs. Que c’est rude de dire au revoir à la famille Thaï.

Les émotions débordent. Papa Muay Thaï ne veut pas me dire au revoir car il va pleurer. Je suis au fond du saut. Alors ils se lèvent et m’applaudissent.

Submergé, je pars en serrant les dents, sans me retourner, lunettes de soleil et casquette vissée sur la tête pour dissimuler une émotion indescriptible dans laquelle tristesse et joie se percutent de plein fouet. 

Je laisse une partie de moi dans ce temple du Muay Thaï, un morceau de mon cœur avec ma famille thaïe. 

Dehors l’orage éclate, la pluie tombe dans mes yeux. Je resterai heureux et inconsolable pendant de longues heures. Accomplis, je vole vers de nouvelles aventures: apprendre le kung-fu shaolin dans son berceau, en Chine.

Chok Dee. 

Journal de Koh Lanta

Combat, perte de poids, renforcement musculaire, explosivité, cardio, sportifs, curieux, aventuriers, remise en forme… Qui viendra s’entrainer avec moi et vivre une expérience unique sur Koh Lanta? Ecrivez-moi votre intérêt en commentaire de cet article ou à [email protected] 

Pour en savoir plus sur l’apprentissage du Muay Thai en Thaïlande, je vous invite à lire mon article apprendre le Muay Thai en Thaïlande

9 réponses sur “Journal de Koh Lanta Muay Thai”

  1. Super récit comme d’habitude. Cela donne envie !
    Ça à l’air tellement enrichissant humainement, physiquement et psychologiquement.
    Hâte de lire le prochain chapitre de ton voyage.

    1. Merci beaucoup Étienne. C’est exactement pour cela que je le partage: l’enrichissement véritable et authentique. Hâte d’écrire l’immersion Shaolin… j’ai commencé à monter les vidéos comme tu as du voir sur Instagram. Au plaisir mon pote. À bientôt.
      ps: en construction un voyage camp mouvement et entrainement Muay Thai printemps 2020 à Koh Lanta, même endroit.

      1. Yes justement après avoir vu instagram je veux en savoir plus haha. Pour le camp, j’ai vu ça et c’est un excellent projet qui donne envi. Si mon corps n’était plus l’ombre de lui même je ne me poserai pas autant de question.
        Au plaisir de te lire mon pote et j’espère à bientôt irl.

    1. Merci Antoine! C’est prévu, on va mettre les bouchées doubles. Il y a probablement une petite parenthèse conscience et physique à venir avant de reprendre le récit. (ps: la jambe droite = le retour de la mitraillette 😉 À bientôt

  2. Article d’une vie vivante, au-delà de la sincérité émotionnelle, je suis épatée d’observer qu’à la fin de chaque coup que tu envoies, tu retrouves une immédiate stabilité de ton corps, comme un immuable lien à la terre qui te recentre toujours.

    1. Tu as le sens de l’observation Caroline. Le lien à la terre est la source de la force et la capacité de mouvement pour nous, animaux terrestres ! Je pense que tout l’art se résume dans cette interaction qui est un échange permanent. Les arts martiaux recherchent l’excellence de cet échange. Il est à la fois l’ancrage au sol et dans le présent.

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