Boxe thai thérapie

L’activité physique est un exutoire. Le mouvement est nécessaire à l’équilibre humain. À combien de personnes le sport a-t-il sauvé la vie, du moins améliorer l’existence en écartant des maux ? Certains comme les arts martiaux sont empreints de coriaces valeurs qui, non seulement permettent d’évacuer le stress et toute négativité, mais aussi offrent un cadre sain, un référentiel pour dompter l’ego et bien vivre la réalité. Parmi ceux-ci, la boxe thai rayonne comme un soleil.

Les bienfaits de l’activité physique ne sont plus à démontrer, tant sur le corps que sur l’esprit. Souvenons-nous de Platon : « les maux du corps sont les mots de l’âme, ainsi on ne doit pas chercher à guérir le corps sans guérir l’âme ». Dès lors aucune raison ne sera jamais assez bonne pour cesser de bouger.

L’activité qui permet l’exutoire, morale comme physique (transpiration), est et restera votre meilleure alliée. Plus la pratique est complète, plus elle requiert de qualités. Plus elle est difficile, plus elle requiert d’efforts. À chacun, selon sa nature et l’estime de soi, de choisir ce qui lui correspond.

La boxe est réputée pour être un sport complet. Et il l’est d’un point de vue psychologique et physique. Un art noble. Dur. Ajoutons les tibias, les coudes, les genoux, des projections, des balayages et… du corps-à-corps ! Et vous entrez dans un tout autre univers. Le monde du Muay Thai, l’art des huit membres, un autre niveau de coordination.

Lorsque je demande aux élèves un mot qui définirait le Muay Thai : courage, lâcher prise, force mentale, stoïque, reviennent fréquemment. Et du courage il en faut tout d’abord pour pousser la porte d’une salle de boxe.

Ce n’est pas parce que les choses sont difficiles que nous n’osons pas, c’est parce que nous n’osons pas qu’elles sont difficiles – Sénèque.

Le problème est la conception que nous nous faisons de la chose et non la chose en elle-même. Voici pourquoi la boxe thai est l’art martial vivant des stoïciens.

En lisant Sagesse de Michel Onfray, il m’est apparu que les Romains auraient aimé le sport traditionnel thaï. En effet, cette pratique difficile, rigoureuse, approche certaines de leurs valeurs cardinales comme l’honneur et la dignité. Il est également très proche du courant philosophique stoïcien en ce sens qu’il inculque à la fois le courage de l’action et le lâcher prise. Comme l’a remarquablement pensé Marc Aurèle, « et la sagesse de distinguer l’un de l’autre ».

Où donc est passée cette sagesse dans la société moderne ? Où est le stoïcisme ? Pas tellement à la mode. Subsistent cependant des irréductibles comme Didier Raoult, Ido Portal, David Goggins, et d’autres. Le stoïcisme a donc une modernité, du moins une utilité moderne, démontrant qu’il faut le conserver car il a d’autant su évoluer.

Au-delà des individus, le stoïcisme existe aussi à travers la boxe thai plus que peut-être n’importe quel autre art martial. Les principes universels ne sont pas culturelles. Ils se retrouvent chez Socrate comme chez Bouddha.

Tous deux parlent d’introspection, de la connaissance de soi-même qui permet de suivre sa nature, le soi de Jung, le principe directeur si cher aux stoïciens. En revanche, si le lâcher prise demeura dans certaines cultures asiatiques, il n’existe plus dans la culture judéo-chrétienne.

Pourquoi la boxe thai est-elle si proche du stoïcisme ?

La première raison est que le muay thai est un art martial vivant, totalement ancré dans la réalité. Il n’est ni figé ni dogmatique, mais empirique. Autrement dit utile dans la vraie vie. Et ça, les Romains ils aimaient bien. En effet, il est pratiqué tel un sport ce qui lui permet non seulement d’évoluer, mais aussi de se tester et démontrer son utilité quotidiennement. Pour se défendre ou pour forger son esprit.

Le revers est qu’il est enseigné typiquement comme un sport alors qu’il est un art de vivre, comme l’est le stoïcisme. Il ne peut être transmis sans sa philosophie qui souvent reste dans le berceau, en Asie du Sud-Est.

Il est aussi un art minimaliste, tant au niveau de la gestion de l’énergie : faire le plus de dommage possible avec le moins de force possible (la science du transfert de poids), tant dans le lâcher prise, qu’au niveau équipement ou accessibilité : un short, des bandes, des gants et… du cœur.

Effectivement, la seconde raison est l’exigence que cet art requiert. Un art dur, physiquement comme moralement, qui amène discipline, humilité et don de soi. Tant de vertus permettant de dompter l’ego. La boxe révèle la vérité du moment. Reflet de l’entraînement et de la volonté, elle ne raconte pas d’histoire. Elle est l’antidote au narratif et à la manipulation, comme le sont les mathématiques.

Ses profondes racines bouddhistes contribuent au pont entre la boxe thai et le stoïcisme. Le parallèle le plus puissant réside sans aucun doute dans le lâcher prise. La boxe thai est un sport avec des percussions si dures qu’il apprend à demeurer stoïque. Ne pas prendre peur, ne pas s’énerver, rester dans un état froid et lucide, ce que les Thaïs appellent jai yen. La tête froide, dirions-nous au pays Descartes. Mais c’est bien de cœur dont il s’agit.

À nouveau, cœur et courage sont liés. Courage et lâcher prise fonctionnent de pair, car du courage il faut, ainsi que de la confiance en soi, pour accepter de lâcher prise. Dans ce flot vibratoire élevé, entre courage et lâcher prise s’opère la magie du dépassement de soi. Ou peut-être n’est-ce que l’accomplissement du potentiel. Peu importe, il s’agit du Soi. De l’Etre.

Un autre parallèle commun aux arts, aux sports extrêmes et au stoïcisme, résultant du lâcher prise, est la nécessité d’habiter le moment présent.

Enfin, concluons par les émotions et leur gestion. D’après les stoïciens, ce que je pense, ce que je ressens, dépend de moi. Il est donc en mon pouvoir de gérer pensées et émotions. L’art du combat inculque cela, et le muay en particulier avec la recherche du jai yen.

Le parallèle gestion des pensées et des émotions dans les arts martiaux comme dans la vie est criant en ce sens qu’il est nécessaire de jouer sa propre musique. Quand vous boxez vous devez imposer votre rythme et non subir celui de votre opposant. Cela passe par les émotions. Dans la vie il convient de vibrer ses émotions favorables, celles qui émanent du Soi, que nous choisissons de vibrer (les hautes fréquences telles l’amour, la paix, la joie) plutôt que réagir aux émotions de l’autre / des autres, voire d’un collectif (société). Le passage des émotions basses à hautes implique courage, confiance, estime, respect. Est-ce là la véritable alchimie ?

Si nous voulons, à chaque instant, exprimer notre potentialité la plus aboutie, alors nous devons être conscients de nos actions dans le moment présent. Nous devons observer le joueur et sa présence. Cette pleine conscience est une condition préalable à la pratique du stoïcisme.

Nous terminerons ce texte par une idée de Benjamin Disraeli, qui fut Premier ministre en Angleterre, selon laquelle il convient de changer ce qu’il faut, garder ce qui vaut.

En effet, l’écueil de la modernité est de vouloir toujours tout changer, de ne jamais s’arrêter pour se satisfaire, ne point contempler ce qui va bien. Ainsi, on ne peut conserver ce qui est valable.

« Garder ce qui vaut, changer ce qu’il faut » présente un caractère raisonnable. La raison est à l’occident ce que l’équilibre est à l’orient. Mais surtout un bon sens crucial.

Seulement pour garder ce qui vaut, encore faut-il être clairvoyant, voir à travers « les choses ». Pour ce faire, il convient d’aller au fond des choses. Remonter à la source, connaître la nature, faire de l’étymologie.

Citons Marc-Aurèle le stoïcien :

« Le salut de la vie consiste à voir à fond ce qu’est chaque chose en elle-même, qu’elle est sa matière, qu’elle est sa cause formelle; à pratiquer la justice, du fond de son âme, et à dire la vérité. Que reste-t-il, sinon à tirer parti de la vie pour enchaîner une bonne action à une autre, sans laisser entre elles le plus petit intervalle. »

Ne vous laissez pas abuser par la doxa. Ne quittez jamais votre bon sens. Lorsque vous avez l’intuition que c’est bon pour vous, creusez. Si ça l’est, adopter son principe et soyez seul maître de sa remise en cause. Si le stoïcisme résonne, plongez-vous dedans et vivez selon les principes que vous aurez faits vôtres. Parce que le stoïcisme est encore vivant, non seulement il perdure, mais il guide le sage. 

Nous avons tous une responsabilité sur notre monde, au moins notre microcosme. Celle-ci est assurément de prendre soin de notre environnement qui nous nourrit et nous permet de vivre, mais tout aussi certainement de prendre le contrôle de nos pensées pour oeuvrer à un monde juste dans lequel règne la bienveillance. Définitivement de vivre une vie selon sa propre nature, suivant son propre principe directeur. 

boxe thai thérapie
owèè 🙏

La sagesse aide à bien vivre la réalité. Ainsi le Muay Thai est une forme de sagesse à bien des égards. Ancré dans la culture asiatique, il est un exemple de courage et de lâcher prise. De contrôle sur ce qui est en mon pouvoir, de lâcher prise sur tout ce qui ne dépend pas de moi. C’est-à-dire tout le reste.

Il forge le corps et l’esprit en ce sens et fait de certains Khru (coach) et Nakmuay (combattants), si ce n’est des philosophes romains, des éducateurs hors normes.

À défaut de pratiquer la boxe thaïlandaise, il vous reste la philosophie, et en particulier le stoïcisme.

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Marie-Jo
2 juillet 2023 20 h 00 min

De nouveau merci pour ce bel article. En effet courage et discipline sont nécessaires, sans doute beaucoup d’efforts et de temps avant le lâcher prise . Bravo à la persévérance au féminin comme au masculin !!

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